GR 97, l’ultime étape

Mon périple touche presque à sa fin, il me reste 3 jours de marche pour le boucler définitivement et je sais qu’aujourd’hui et demain seront des journées exceptionnelles, le clou du spectacle en quelque sorte. Au programme : Gordes, Roussillon et le Colorado Provençal. 

Ce matin, avant de rejoindre Gordes, je suis censée remonter sur les sommets, à 632 mètres d’altitude. Le sentier est situé entre le Moure de la Belle Etoile et la Pouraque, deux massifs montagneux,  puis redescends vers l’Abbaye de Sénanque qui a l’air superbe. 

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Abbaye de Sénanque, source le Point.fr

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Cependant, vu le dénivelé et l’état de mes jambes, ne sachant toujours pas si ce sont les plantes urticantes qui déclenchent de telles plaques de plus en plus nombreuses, je préfère ne pas prendre le risque de remonter sur les hauteurs et je décide de me rendre à Gordes directement en tendant le pouce. D’une manière générale, le stop marche plutôt bien pour moi. Une jeune femme me prend à son bord . Nous arrivons déjà presque à destination et sur le plateau d’en face, le village perché de Gordes est splendide. Déposée au pied du château, je reviens sur mes pas pour pouvoir prendre la photo de la route. Je suis ici devant un des fleurons de la Provence, classé parmi les plus beaux villages de France. 

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Gordes

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Son patrimoine est riche et varié : château, bories (cabane en pierres sèches), moulin à eau et à vent, lavoirs, calades… Que de belles choses à découvrir. Je ne suis pas étonnée qu’il ait servi de décor à de nombreux films ou feuilletons qui ont jalonné ma vie et que j’ai aimé : « L’été meurtrier », « L’amour en héritage »,  « Gazon maudit » ou encore, « Une grande année » de Ridley Scott.

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J’arpente le village et j’emprunte ses petites ruelles, redescends  de belles calades jusqu’au lavoir qui dégage une grande sérénité et je reste là un grand moment, profitant de l’instant. 

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Pourtant, bien qu’éblouie par la beauté de Gordes, ce n’est pas ce lieu qui me charmera le plus. Mon cœur balance davantage pour Roussillon, prochaine destination. 

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Roussillon

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Ah Roussillon ! Ses ocres, ses petit Venelles, ses terrasses surplombant un paysage gorgé de soleil aux nuances allant du blanc nacré au fauve, de la terre de Sienne à l’acajou. 

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Où que vous posiez les yeux, c’est un ravissement! J’ai choisi un logement qui finit de me combler, un petit studio niché et creux d’un escalier de pierres couleur safran. Je dépose rapidement mon sac à dos dans mon logis et, avant même de prendre une douche, je parcours déjà le village.

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Je repère un petit restaurant avec une terrasse dominant les ocres et je réserve une table bien placée pour plus tard. Ma soirée est à l’image de l’endroit, splendide. Je ne me lasse pas d’immortaliser les moindres recoins. 

 

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Situé au cœur du plus grand gisement ocrier du monde, la renommée de Roussillon et l’industrie qui y est associé n’est plus à faire. C’est à la fin du XVIIIe siècle que Jean Étienne Astier eut l’idée de laver le sable ocreux pour en extraire le pigment. C’est ainsi que de grandes carrières de sable ont été exploitées jusqu’en 1930. Aujourd’hui, afin de stopper la dégradation du site, il est interdit d’en ramasser le moindre grain.

Le lendemain matin, je fais le choix de ne pas visiter les carrières d’ocre, je préfère me réserver pour le Colorado provençal et en attendant, je fais la queue devant la pharmacie pour soigner mes jambes qui sont plus moches et enflées que jamais. Pas vraiment sexy la randonneuse! Mais cette fois-ci, la pharmacienne me donne un traitement nettement plus efficace : crème à la cortisone et antihistaminiques. 

Je reprends la route et traverse de petites communes charmantes et une forêt aux couleurs de la région. Puis, je fais une halte à Apt avant de rejoindre Rustrel où je passe la nuit. 

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Il est temps à présent de fouler à nouveau les sables du Colorado provençal que j’avais déjà visité lorsque j’avais 20 ans. Depuis, une association s’est formée pour préserver ce site exceptionnel et gérer l’afflux touristique. Si cette année je n’ai pu admirer les dunes du Sahara mauritanien comme prévu, voici une consolation sur notre propre territoire et une belle façon de terminer mon trek. 

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Après ses paysages émouvants, j’avale les derniers kilomètres, combative comme jamais. Me voici enfin arrivée ! Je viens de boucler 170 kms dans une région magnifique. Je suis fière de moi, de cet accomplissement, d’avoir su dépasser mes limites physiques mais aussi de ne pas avoir eu peur de me retrouver seule avec moi-même. Vous n’imaginez pas mes chers lectrices et lecteurs tout ce que l’on peut entendre lorsqu’on entame un tel périple :  » tu pars seule? Tu n’as pas peur ? C’est dangereux ! Et s’il t’arrive quelque chose ?  » . Bien sûr, j’ai conscience que cela part d’un bon sentiment. Mais il faut prendre garde à ne pas se laisser couper les ailes par l’inuiétude des autres. D’autant que lorsque nous ne sommes pas en couple, quelle qu’en soit la raison (divorce, veuvage ou par choix), ce n’est pas toujours simple de trouver quelqu’un qui va vous accompagner dans de telles aventures. Alors que faire dans ce cas-là ? Se résoudre à ne pas partir? Ou choisir d’accomplir ses rêves ?😉

Une fois de plus, je tiens à remercier tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont contribué à la réussite de ce trek! MERCI!

 

The end……Fatiguée mais heureuse!

 

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Nos salons sont annulés les uns après les autres tout comme les occasions de se retrouver entre quilteuses. Malgré tout, il nous reste encore quelques expos de ci de là et en voici une à ne pas rater dans le Beaujolais.

 

 

Isabelle Grosjean a été professeur de Patchwork pendant plus de 10 ans, plusieurs fois déléguée de la fédération dans les différentes régions ou elle a résidé. Elle a exposé de nombreuses fois et participé a plusieurs concours internationaux. Elle se tourne aujourd’hui vers une version plus contemporaine de créations textiles, et expose pour la première fois dans le beaujolais. Pour celles qui sont bien loin de notre région, un petit reportage photos s’impose !

 

A très vite,

Natacha Ramora

 

GR 97, le mur de la peste – étape 3/4

L’étape de la journée fait résonance à notre actualité si chamboulée depuis quelques mois, je vais longer le mur de la peste un grand moment. Cette terrible épidémie toucha la Provence pour la énième fois de 1720 à 1722 et progressa de 45 kilomètres par mois.

 

Source : passionprovence.org

 

 En 1720, le navire nommé  » grand Saint-Antoine » transportant des soieries pour la foire de Beaucaire introduisit la peste à Marseille. L’épidémie se propagea rapidement et atteignit Apt.

L’année suivante, afin que la maladie ne rattrape pas le Comtat Venaissin, le légat du pape réquisitionna plus de 500 hommes durant 5 mois pour élever un rempart de pierres sèches comprenant 50 postes de garde sur 27 km de Monieux au Taillades. Ce mur servi de frontière entre le Comté de Provence et le Comtat Venaissin.

 

Source : Wikipédia

 

Il reste quelques vestiges de cette muraille près de Cabrières d’Avignon.

 

 

 

 

Comment ne pas songer à cette étrange coïncidence en longeant ce mur qui témoigne d’un terrible fléau ? À chaque époque ses solutions pour combattre les épidémies mortifères : mur s’érigeant en frontière à l’époque, fermeture des frontières aujourd’hui et port du masque recommandé voire obligatoire. Quel que soit le siècle, le bilan est désastreux. Malgré tout, la note d’espoir est que dans les années 1720, la peste a pu être éradiquée. L’humanité s’est relevée de cette épidémie et j’espère qu’il en sera de même pour le monde d’aujourd’hui et de demain. Mais reprenons le cours des choses…

 

 

 

 

Rassurez-vous ! Ce n’est pas la peste 😊! Voici la mauvaise nouvelle du jour, depuis la veille au soir, j’ai une éruption de boutons sur les chevilles et les mollets. Je pense aussitôt à d’éventuelles plantes urticantes présentes dans la garrigue, en montant au Bastidon du Pradon. Je me rends donc à la pharmacie la plus proche mais ces plaques laissent perplexe la personne qui me reçoit. Je ne suis pas certaine de repartir avec le traitement adéquat. Je prends la sage décision de remettre les jambes de mes pantalons, transformés  jusqu’ici  en shorts. Tant pis pour le bronzage estival ! J’arrive à Fontaine-de-Vaucluse sans être particulièrement charmée par le lieu, je crois que la fatigue accumulée et l’inquiétude pour mon éruption sur les jambes altèrent un peu mon jugement.

 

 

Fontaine de Vaucluse

 

À l’autre bout de ce village, en suivant le sentier aménagé, on peut admirer la résurgence de la Sorgue,  au pied d’une falaise de 240 mètres des hauteur. Ce site que l’on dit exceptionnel appeler Vallis clausa, la Vallée close, a donné son nom au département du Vaucluse et aurait inspiré de nombreux auteurs tels que Chateaubriand ou René Char.

 

 

Résurgence de la Sorgue, Fontaine de Vaucluse. Source : Wikipédia

 

 Frédéric Mistral l’évoque quant à lui dans son œuvre capitale,  Mireille.  Il y compte cette belle légende : »

“Parti pour faire danser les filles de l’Isle sur Sorgue, le vieux ménétrier Basile s’endormit à l’ombre un chaud jour, sur le chemin de Vaucluse. Apparut une nymphe qui, belle comme l’onde claire, prit la main du dormeur et le conduisit au bord de la Vasque où s’épanouit la Sorgue. Devant eux, l’eau s’entrouvrit et les laissa descendre entre deux murailles de liquide cristal au fond du gouffre. Après une longue course souterraine, la nymphe, au milieu d’une souriante prairie, semée de fleurs surnaturelles arrêta le ménétrier devant 7 gros diamants. Soulevant l’un deux, elle fit jaillir un puissant jet d’eau. Voilà dit-elle, le secret de la source dont je suis la gardienne, pour la gonfler je retire les diamants, au septième, l’eau atteint “le figuier qui ne boit qu’une fois l’an” et elle disparût en réveillant Basile.”

 

 

 « Nymphes dans une grotte » Gaston Bussière, 1924

 

Lorsque j’aperçois la foule accumulé à l’entrée de la grotte, je préfère rebrousser chemin. J’avoue qu’en cette d’après-midi, il me tarde de trouver un bon lit douillet dans un hôtel charmant ainsi qu’une bonne table.  Mon sac à dos me paraît lourd aujourd’hui.

 

 

Fontaine de Vaucluse, la roue à aubes du moulin à papier

 

Avant cela, je m’accorde une pause gourmande en dégustant une glace qui soigne un peu le découragement. C’est une excellente idée car je ne suis pas au bout de mes surprises. Je charge mon sac sur mes épaules et je repars. Je marche au bord d’une nationale très fréquentée et je ne suis pas rassurée pour ma sécurité lorsque les trottoirs se terminent et que je dois marcher sur la chaussée. Cela m’oblige à réfléchir à ma position d’automobiliste lorsque je suis au volant de mon véhicule et que je râle contre des cyclistes trop lents à mon goût ou que je croise des piétons qui cheminent le long d’une route étroite. Je crois que dorénavant, je serai plus attentive à cela. À bout de force, j’arrive enfin à mon hôtel, situé en retrait de la nationale. C’est un établissement familial où l’accueil est très chaleureux. Certes, les mobiliers et la tapisserie sont un peu fanés mais pour le prix dans un lieu si touristique, c’est plus que correct. Je discute longuement avec le jeune homme qui m’accompagne à ma chambre sur ce trek qui semble l’impressionner.  Je lui demande ensuite où je peux dîner dans le coin et malheureusement, sans véhicule, il me dit que cela va être difficile. Il part se renseigner pour voir si les pizzaiolos du coin peuvent livrer jusqu’ici mais c’est peu probable. Je me résigne déjà à me coucher sans manger : « Qui dort, dîne ». C’est habituellement ce que l’on dit mais ce soir, je ne suis pas vraiment convaincue de la véracité de cette maxime. L’état de mes jambes qui s’est aggravé fini de me démoraliser.

Heureusement, la Providence est avec moi. Mon hôtelier revient avec une excellente nouvelle! Il me dit que sa famille ayant l’intention de commander des pizzas, il en prendra une pour moi si je le souhaite. Quelle gentillesse ! Et le geste est d’autant plus touchant que c’est un vrai délice ! je m’endors en remerciant la Providence et le « dieu » des pizzaiolos qui a certainement élu domicile dans le Vaucluse, à l’Isle-sur-Sorgue !

Demain est un autre jour, les Ocres de Roussillon enchanteront mon cœur, j’en suis sûre.

 

A mardi prochain pour la dernière étape,

Natacha

 

J’en profite pour vous conseiller ce film excellent à l’affiche actuellement : l’histoire d’Antoinette, une institutrice follement  amoureuse, qui va suivre les chemins de Stevenson avec un âne, dans les Cévennes, sans y être préparée. Des aventures rocambolesques et une actrice à la fois émouvante et drôle!  Ne le ratez pas si vous voulez rire de bon coeur!

 

 

GR 97, Le testament de Robert Laurent-Vibert

L’oliveraie du château de Lourmarin

Après une bonne nuit de repos, il est temps de repartir. Isabelle, mon adorable hôtesse de couch-surfing me prépare une délicieuse salade pour mon pique-nique puis me dépose à Lourmarin. Je me promène un moment dans le champ d’oliviers attenant au château puis je visite ce superbe édifice dans lequel on peut admirer une exposition sur Albert Camus qui a vécu les dernières années de sa courte vie à Lourmarin et y est enterré.

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Albert Camus, né le 7 novembre 1913 à Mondovi en Algérie et décédé en 1960,à l’âge de 47 ans, dans un accident de voiture.

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Le château de Lourmarin échappa par miracle en 1920, à la vente aux enchères pour servir de carrière de pierres. Il fut racheté par l’industriel lyonnais Robert Laurent-Vibert qui le fit restaurer par des artisans lourmarinois. Tout comme A. Camus, R. Laurent-Vibert disparut tragiquement dans un accident de voiture mais avait pris soin de faire un testament pour  léguer cette demeure à l’Académie des Sciences, Agriculture, Arts et Belles Lettres d’Aix-en-Provence qui créa une fondation à son nom. Aujourd’hui, cette fondation continue de remplir sa mission, c’est ainsi que ce bel édifice est devenu un pôle culturel et économique important.

 

Les coursives de bois sont admirables

 

 

La bibliothèque du château, source : Francebleu

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De nombreux touristes viennent se recueillir sur la tombe d’Albert Camus chaque année. Certes, comme beaucoup, j’ai lu « L’étranger » : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas ». Comment ne pas se souvenir de cette première phrase? Quel dommage que je ne sois pas allée plus loin dans ses oeuvres car grâce à l’exposition, je découvre quelques passages de ses romans qui résonnent en moi. J’ajoute mentalement Camus à ma liste d’auteurs à découvrir.

 

 

 

Je reprends ma route et je visite un peu plus loin le village de Lauris qui possède également un  château situé sur un éperon rocheux. Ses terrasses surplombent la Durance et accueillent deux jardins en un :  le jardin blanc et  celui des Plantes tinctoriales qui comprend plus de 250 espèces de plantes dont on extrait des colorants pour la teinture, la peinture, la cosmétique et l’alimentation.

 

Les jardins de Lauris

 

Le large fleuve en contrebas sert ici de frontière entre le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône et je l’admire le temps d’un coucher de soleil avant de regagner ma chambre d’hôtes située à Mallemort.

 

 

Le lendemain, après ce déjeuner copieux, mon hôtesse a la gentillesse de me déposer à l’entrée des Gorges du Régalon. Je ne m’en doute pas encore, pourtant cette journée de randonnée sera la plus éprouvante de mon trek. Mais pour le moment, tout à mon insouciance, je crapahute dans les gorges, non sans mal, avec mon sac à dos. 

 

 

 

Les cairns des gorges du Régalon

 

Je sors des gorges et continue de suivre mon GR. Je m’amuse de l’appellation du vallon que je vais devoir traverser.

 

Au lieu de rire, je ferais mieux de me méfier : « Vallon de la galère »… un signe annonciateur ?

Je le franchis sans trop d’inquiétude, puis je commence à grimper. J’arrive sur un plateau, royaume des oliviers et des cigales qui stridulent à qui mieux mieux. Un peu plus loin, à quelques mètres de là, j’aperçois le panneau de balisage blanc et rouge, je lève les yeux et je comprends que la journée sera longue. 

 

Voyez-vous où je veux en venir ?

 

Je vais devoir monter au sommet de ce bloc de calcaire pour rejoindre le Bastidon du Pradon, petit refuge qui culmine à 700 m d’altitude, sur un sentier désert, en pleine canicule. Mais je ne suis pas une personne qui baisse les bras. Ma patience de quilteuse et ma persévérance sont mes atouts. Je gravis ce dénivelé pas à pas, je pousse sur mes précieux bâtons de marche, je fais des pauses régulières dès que je trouve un coin d’ombre sous quelques arbustes qui parviennent à survivre dans cette garrigue aride. Je me fixe comme objectif de pique-niquer au sommet. 

 

 

Mon déjeuner ce jour-là a une saveur de victoire et une odeur d’herbes odorantes de mon enfance. Je contemple au loin la région qui m’a vu naître, le département aux accents chantants, terrain de jeu du petit Marcel Pagnol : les Bouches-du-Rhône. 

Je ne dois pas trop tarder pour redescendre sur l’autre versant. Je fais un arrêt au Bastidon du Pradon, un vrai havre de paix après une telle ascension. 

 

 

 

Je prends le temps de graver dans ma mémoire toutes ces petites choses mises là comme une récompense à ceux qui viennent jusqu’ici. Je lis quelques messages sur le livre d’or en cours et  y  inscrit le mien, pleine de gratitude pour ceux qui ont pensé ce lieu. Puis je me hâte. La pente est très escarpée, un sentier rocailleux que la terre et les graviers rendent glissant. Les pierres roulent sous mes chaussures et je peste plus d’une fois en manquant tomber tout en m’ accrochant à mes bâtons.  

Néanmoins, le jeu en vaut la chandelle. En contrebas j’aperçois les ruines majestueuse du château d’Oppède le Vieux qui culminent au-dessus du village ainsi que l’église du 12e siècle, Notre-Dame d’Alidon, qui domine ce panorama.

 

Oppède-le-Vieux

 

Je suis immédiatement charmée par le passage que j’emprunte pour accéder au bourg médiéval.

 

Oppède-le-Vieux, accès par l’arrière du village, à l’opposé du parking

 

En parcourant certaines ruelles, j’ai presque le sentiment que le village n’est plus habité. Mais les chambres d’hôtes et restaurants attestent du contraire, tout comme le petit snack qui porte le logo « recommandé par le guide du Routard », ma bible de voyage selon les destinations. On nous vend une bouteille d’eau de 50 cl trois euros cinquante et le personnel est peu accueillant ! Quel dommage ! 

 

 

Tant pis, je ne veux pas m’attarder sur les petits désagréments, je charge mon sac à dos et je repars. En voulant gagner du temps pour ne pas arriver trop tard à ma chambre d’hôtes, je me perds dans des chemins sans issue. Il est temps de ressortir mon fantastique gps : l’application Visorando qui m’aura montré la bonne route bien des fois.

 

Malgré toute ma bonne volonté, je suis très en retard pour rejoindre Robion, à tel point que mon hôtesse propose de venir me chercher. Je refuse car je ne veux pas la déranger mais je termine l’étape avec la solution « Pékin Express » : la conductrice d’une voiture a sa fenêtre ouverte et s’apprête à partir, je lui demande donc si elle peut m’avancer. Comme la petite mamie du Sud quelques jours plus tôt, la jeune femme me dépose à deux pas de mon logis. Cette journée harassante se termine paisiblement puisque ma logeuse m’attend avec un petit verre de rosé bien frais puis me montre ma chambre. Elle m’a fait la surprise de me réserver celle possédant un lit avec matelas à eau. Je dîne dans l’auberge conseillé par ses soins et ma table jouxte celle de mes voisins pour une nuitée, un couple de Belges et leurs jeunes enfants. Nous passons une soirée extrêmement sympathique à parler de nos pays respectifs et à en comparer les différences. Je rentre me coucher et je m’enfonce dans les remous bienfaisant de mon matelas qui m’enveloppe délicatement. Ce soir, je mérite un vrai sommeil réparateur je crois…d’autant que demain, il me faudra longer le Mur de la Peste….Brrrr, cela fait froid dans le dos!

 

A mardi prochain pour la suite…

Natacha

GR 97, le Luberon dans toute sa splendeur!

Pour la plupart des régions, la rentrée s’est annoncée cette année sous un beau soleil d’été indien. Pourtant il y a une morosité ambiante générale. Le masque est devenu le nouvel objet incontournable dont on ne peut se passer, l’économie est vacillante et beaucoup de Français ont choisi de ne pas partir en vacances cet été. Nous vivons malheureusement dans un climat  d’incertitude et de stress. C’est la raison pour laquelle, tout à ma joie de vous retrouver après cette pause estivale, je vous emmène avec moi pour une belle escapade en Luberon durant quelques semaines, histoire de sortir de  cette grisaille et de s’évader un instant. Je laisse mes copines blogueuses vous parler d’art textile pour emprunter d’autres chemins le temps d’une échappée dans le sud de la France.

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Source : French Riviera Tourism

 

Le Luberon, à prononcer sans l’accent, est une région superbe où les cigales chantent sans cesse leur amour de ces belles terres ocres de Provence.

Les villages, souvent perchés, sont tous plus éblouissants les uns que les autres, au point qu’il est difficile d’en distinguer un parmi d’autres : Gordes, Lourmarin, Roussillon, Cucuron,  Chacun d’eux essaye, par sa splendeur, d’obtenir la distinction du plus incontournable à visiter. Riche de cette information et prenant en compte les restrictions de voyages dans certains pays étrangers, j’ai donc décidé, pour cet été, de rester dans notre  pays et de faire le tour du Luberon, à pieds, en sac à dos. Toutefois, je me suis autorisée à le faire en mode doux, c’est-à-dire pas de tente, pas de sac de couchage ni de réchaud à porter. J’ai organisé mes étapes en fonction des hôtels et des chambres d’hôtes réservés à l’avance, en dînant dans des auberges ou des restaurants aux cartes alléchantes sentant bon les herbes de Provence et le petit rosé bien frais.

C’était un challenge important pour moi car même si j’ai l’habitude de randonner régulièrement, partir marcher en itinérance sur dix jours est un tout autre défi. Je l’ai pourtant relevé avec plaisir, presque déçue de voir ce trek s’achever.

Des Alpes de Haute-Provence au Vaucluse; des Gorges de Régalon à Oppède le Vieux en passant par les crêtes; de Gordes aux couleurs ocres du Roussillon; des fontaines rafraîchissantes à la sérénité des vieux lavoirs désertés par les lavandières, chaque kilomètre a apporté son lot d’émerveillement malgré la canicule et un dénivelé quelquefois élevé.

Je vous emmène avec moi à la découverte des sentiers provençaux qui sentent  la lavande, le thym et le romarin. Prenez vos bâtons, chaussez vos lunettes de soleil, nous partons…

Mais avant de débuter le GR, il nous faut tout d’abord faire une petite étape pédestre de Saint-Michel l’Observatoire (dans les Alpes de Haute Provence, où se trouve l’observatoire du même nom) jusqu’à Céreste, point de départ de mon GR afin de laisser mon véhicule sous bonne garde.

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Le moulin de Saint-Michel l’observatoire a été rénové il y a plus de 10 ans

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Les chemins de Saint-Jacques de Compostelle ont déclenché un déplacement de foule considérable. Riches ou pauvres, nombres de pèlerins se mettaient en chemin, parfois depuis le fin fond de l’Europe. Les voies romaines facilitaient ces grands déplacements. C’est donc une d’entre elles que nous avons suivi pour rejoindre Céreste. Les villages traversés ont hébergé, nourri et soigné de nombreux voyageurs. Nous pouvons d’ailleurs apercevoir le symbole de la coquille sur certaines sépultures du prieuré de Carluc.

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Le Prieuré de Carluc : la chapelle ainsi qu’une partie des restes du Prieuré sont classés Monuments Historiques

 

 

Les sépultures du Prieuré

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Nous avons aussi découvert le petit village de Lincel où il n’y avait âme qui vive.

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Peu de touristes à Lincel qui possède pourtant des chambres d’hôtes.

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De nombreux villages de Provence ont conservé leurs lavoirs.

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Voilà, nous y sommes enfin à Céreste ! le temps d’une nuit réparatrice et ma fille embarque pour de nouvelles aventures sur l’île de beauté tandis que je me prépare pour un trek de longue haleine de 10 jours riche en émotions.

 

Allons-y !

 Me voici fraîche et dispose, piaffant presque d’impatience. Je me mets en route, l’objectif du jour est d’atteindre Cucuron mais je sais que cela va être difficile car il y a énormément de kilomètres à parcourir. Je grimpe sur un sentier forestier jusqu’à Montjustin puis je traverse le Bois de Madame. j’ai vraiment été mise en garde sur les risques d’incendie dans la région qui allie sécheresse et canicule . Tandis que je rejoins tranquillement Vitrolles-en-Luberon, je prends quelques photos.

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J’aperçois une épaisse fumée en contrebas dans la forêt et un bombardier d’eau qui la survole. Je sais que je dois prendre une décision rapide car je suis isolée dans un petit village silencieux, c’est à peine si j’entends quelques discussions feutrées derrière des volets clos. J’abandonne donc le GR à regret et dès la sortie du village, je guette une voiture sur cette route désertée. Mais la chance est avec moi, c’est la première fois que je tends le pouce depuis de nombreuses années – oserais-je même dire plusieurs décennies – et une petite citadine blanche s’arrête. À son bord, une mamie du sud, qui me fait immédiatement penser à ma grand-mère paternelle, Mémé. Je lui explique le problème tandis que nous redescendons et croisons plusieurs véhicules de pompiers qui remontent.

Attendrie, la vieille dame se détourne de sa route pour m’emmener jusqu’à Cucuron et je suis touchée par ce premier geste de solidarité. Je crois que je suis prête pour m’inscrire à Pékin Express. 

La soirée est plus douce, une belle chambre d’hôte climatisée et une piscine qui permet de se rafraîchir sont un havre de paix. Je sors dîner tôt près de l’étang et je m’en félicite lorsque je vois l’affluence dans les restaurants sur la place un quart d’heure plus tard, avec beaucoup de touristes dépités de ne pas pouvoir dîner.

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Tapenade et rosé de Provence

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La place de l’étang

 

Je flâne ensuite dans les rues de Cucuron et admire le coucher de soleil de cette douce soirée provençale avant de rentrer me coucher.

 

La nuit tombe sur Cucuron

 

 

 

 

Le lendemain est une journée de repos et je l’apprécie pleinement. J’ai convenu avec mon hôtesse de couchsurfing Isabelle, qu’elle viendrait me chercher dans l’après-midi à Cucuron pour rejoindre son domicile à Cadenet. En attendant je profite de la piscine. J’ai rencontré Isabelle sur un groupe Facebook qui permet aux femmes qui voyagent seules d’échanger plein de bons plans et de conseils sur toutes destinations, y compris à l’étranger, et de demander ou de proposer éventuellement un couchsurfing. Cette communauté est un formidable moteur pour les femmes qui aiment découvrir le monde en solo.

Isabelle m’a proposé spontanément de m’héberger et elle a été un véritable coup de cœur pour moi.  La soirée chez elle est donc sympathique et bien entendu, nous parlons de voyages : ceux déjà faits, ceux à venir et ceux espérés. Mais il est temps de prendre du repos, demain j’ai rendez-vous avec Albert Camus…

 

à   mardi prochain pour la suite…

Natacha

 

Les Lowell Mill Girls, « Rogers Fort Hill Park Historic District » partie 4/4

31 juillet 2019 

Georgia referma le journal de Virginie avec beaucoup de regret. Elle avait profondément aimé se plonger dans cette lecture, tout comme elle avait apprécié les quelques lignes de la tendre Rosalia qui terminait le journal et racontait la fin de vie heureuse de celle qui avait été une seconde maman pour elle, entouré des siens. Georgia était  émue de savoir que cette humble héroïne d’un autre temps avait été distinguée par la municipalité de Lowell pour son dévouement. Elle était sûre désormais d’avoir trouvé le sujet de thèse idéal. Elle voulait relater avec des mots forts le combat de ces courageuses filles du moulin dans leur dur labeur, qu’elles soient du Massachusetts, d’Irlande ou encore du Canada, pour celles qui arrivèrent après la guerre de Sécession. 

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Rogers Fort Hill Park Historic District , source : Original Vintage Postcard

Mais elle avait aussi été agréablement surprise de l’invitation à déjeuner de Cassie, la bibliothécaire, le jour même lorsqu’elle lui avait expliqué combien ce journal intime l’avait inspirée pour le travail de  recherches qu’elle projetait. Elle était très excitée de s’y rendre, presque comme si elle avait rendez-vous avec son destin. Curieuse de cette invitation peu courante, elle avait hâte de comprendre pourquoi Cassie faisait tant de mystères. Georgia prit donc  le gâteau crémeux acheté au supermarché du coin de sa rue puis elle se mit en route pour se rendre à l’adresse indiquée, dans le quartier historique de Rogers Fort Hill Park Historic District. Elle s’attendait à trouver le logement humble d’une bibliothécaire, pourtant c’est dans une belle maison du 19ème siècle  avec jardin que l’accueillit celle-ci. Elle lui proposa de prendre un rafraîchissement sous la tonnelle de chèvrefeuille et elles échangèrent quelques banalités sur la vie et les habitants de Lowell tandis que Kévin, le mari de la jeune femme, se joignait à elles.  Georgia était un peu sur la réserve car elle avait du mal à comprendre ce qui se cachait derrière cette invitation et elle avait le sentiment que l’on attendait quelque chose d’elle. Cassie se leva, réajusta ses lunettes à montures épaisses qui cachaient un léger strabisme divergent et proposa de lui faire visiter la maison. Les vastes pièces et les beaux meubles se succédaient les uns aux autres et Georgia se demandait quel poste pouvait bien occuper Kévin pour qu’ils possèdent une si belle demeure ancienne. Peut-être était-ce un héritage après tout? Les deux femmes pénétrèrent dans une grande bibliothèque  où trônaient des fauteuils clubs confortables et un bureau recouvert de cuir sur lequel était posé une lampe verte de laiton et d’opaline.  Il y avait sur le mur de nombreuses photos anciennes et des daguerréotypes dont certains attirèrent l’attention de Georgia : les usines de Lowell, les filles du moulin en grève, une famille avec deux jeunes enfants. Sur ce portrait de famille figurait un homme brun aux lunettes à monture épaisses derrières lesquelles il y avait un regard bienveillant atteint d’un strabisme divergent assez prononcé. Juste à côté de cette photographie, un autre portrait avec les deux mêmes bambins. Le garçon portait un costume d’enfant bien ajusté et tenait la main d’une femme au visage doux  portant dans ses bras une petite fille aux boucles blondes. Georgia regarda Cassie, qui souriait radieusement, d’un oeil interrogateur :

« – Cassie? Est-ce que …?

– Oui Georgia, je vous présente mes aïeux! Voici Susan et Max Wooldrof et leurs enfants John et Rosalia et sur ce portrait-ci, Virginie avec les petits. Ils ont tous vécu ici car la maison familiale a été transmise de génération en génération. Il était important pour moi de continuer à faire vivre cet héritage culturel et à faire connaître le combat des filles du moulin que mes aïeules ont vécu. C’est la raison pour laquelle j’ai su que vous adoreriez le journal de Virginie dont j’ai l’exemplaire original ici, précieusement conservé. En élevant John et Rosalia, cette femme a été le pilier de notre famille. Sachez donc que si vous choisissez de travailler sur les Lowell Mill Girls, notre bibliothèque est à votre disposition pour étoffer vos recherches  car nous avons conservé beaucoup d’ archives  de cette époque. Vous pouvez venir aussi souvent que vous le souhaitez, il y a une entrée indépendante, je vous laisserai les clés.

– Je ne sais pas quoi dire Cassie! Je suis tellement  touchée par votre proposition.

– C’est moi qui suis touchée de votre intérêt Georgia. »

Et c’est ainsi que durant de nombreux mois, la petite lampe verte de laiton et d’opaline brilla jusque tard dans la nuit.

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Cambridge, université de Harvard, octobre 2028

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Georgia monta prestement sur l’estrade de l’amphi, saisit une craie blanche et inscrivit sur le tableau noir « Les Lowell Mill Girls » puis elle se retourna et fit face à ses étudiants avec un  sourire déterminé. .

Natacha Ramora

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Pour plus de confort de lecture, si vous souhaitez relire la nouvelle en intégralité, veuillez suivre ce lien :

https://chroniquepatchwork.com/2018/04/08/les-lowell-mill-girls-lintegrale/

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Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter de bonnes vacances et un bel été à toutes et tous! Prenez soin de vous et profitez des jolis moments estivaux. Pour ma part, je pars à la conquête des beaux villages du Lubéron sur les sentiers du GR 97 : Lourmarin, Roussillon, Rustrel, Oppedette….. Sous le soleil et accompagnée des cigales, l’aventure promet d’être sympathique! Et bien sûr, je vous prépare de beaux reportages à mon retour, comme si vous m’accompagniez un peu sur le chemin.

A très vite donc, je serai de retour le 15 septembre.

Natacha

Les Lowell Mill Girls, le vieux journal, partie 3/4

« Cher journal,                                                                                                                                4 mai 1855

Je viens de te retrouver dans un vieux coffre poussiéreux au fin fond du grenier. J’ai dû t’enfermer dans cette malle lors de mon emménagement chez Max Wolldrof après son décès et ne plus avoir de temps pour poursuivre cette correspondance avec moi-même.

Tant de choses ont changées depuis la dernière fois que j’ai couché mes sentiments sur le papier, je me rends compte à quel point je manquais d’assurance. Mais finalement, je suis assez fière de tout ce que j’ai accompli.

J’ai pris grand soin de John et Rosalia puisque Max m’a nommée tutrice, comme il l’avait prévu. Ce seront bientôt tous deux des adultes. John espère faire de la politique et il très engagé auprès des démocrates. C’est un garçon qui a beaucoup de caractère et qui est très enjoué. Il a toujours su se faire des amis partout où il se rendait. Rosalia, quand à elle, est beaucoup plus timide et secrète mais elle a hérité de la beauté de sa mère, ma tendre amie Susan. Je pense qu’elle trouvera facilement un bon mari. Je me suis évertuée à lui donner une bonne éducation, c’est donc une jeune fille très instruite et intelligente, ce qui lui servira dans la vie, j’en suis certaine.

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Usines de Lowell , source : maathiildee.com

J’espère vivre encore suffisamment longtemps pour choyer les enfants qu’ils auront. J’ai déjà 63 ans et je me sens un peu usée par le temps qui passe. Il faut reconnaître qu’à l’époque, la vie en usine ne nous a pas épargnées nous toutes et quand j’y songe, je mesure ma chance d’être toujours de ce monde. Quand je suis rentrée au moulin, nous travaillions tous les jours de 5h du matin à 7 h du soir dans un bruit vraiment épouvantable, si bien qu’aujourd’hui j’entends très mal et peine à tenir une conversation dans un lieu très animé. Et que dire des fenêtres de l’atelier fermées, y compris en été, pour maintenir les conditions optimales du travail du fil tandis que l’ air était rempli de particules? Comment ne pas comprendre les grèves et mouvements sociaux faisant entendre la voix des femmes porté par mon ami Sarah Bagley? C’est sous son impulsion qu’a été créé la FLRA* qui a porté leurs revendications devant l’Assemblée du Massachusetts avec une pétition signée par plus de 2 000 d’entre elles afin de réclamer la journée de travail de 10h.

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Les élus de l’Assemblée ont donc fait établir un Comité, présidé par Monsieur William Schouler,  un élu de Lowell,  qui a enquêté auprès des filles du moulin sur leurs conditions de travail. Mais la conclusion a fortement déplu à Sarah et à l’Association. Moi qui la connaissais déjà bien à l’époque, je savais qu’elle n’en resterait pas là. Elle venait régulièrement à la bibliothèque pour se documenter et elle passait de longs moments assise à une table, s’abimant les yeux sur d’énormes livres où des hommes influents avaient couché leurs réflexions idéologiques. Elle venait le soir, après sa journée à l’usine, épuisée mais parvenant à ne pas tomber de sommeil grâce à sa détermination.  Tandis que la bibliothèque avait déjà fermé ses portes, nous restions toutes les deux seules, enfermées dans le bâtiment et je veillais avec elle. C’était ma façon à moi de participer à la lutte, lui donner accès à l’immense savoir contenu dans ces lieux pour qu’elle puisse réfléchir en paix. C’est ainsi que notre amitié est née.

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Massachusetts State House, source : Wikipédia

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Lorsque je voyais qu’elle flanchait un peu, je lui apportais une bonne tasse de thé brûlant, comme elle aimait à le boire, et je réajustais son châle avec tendresse. Elle levait alors les yeux vers moi et j’y voyais la flamme vive des grands hommes mais aussi son amitié pour moi. Elle s’accordait alors une pause et nous parlions un moment des tracas de la vie avant qu’elle ne reprenne sa lecture et le fil de ses pensées.

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Source : zinnedproject.org

Mais, chose incroyable, Le Comité arriva à la conclusion qu’il n’était pas du ressort de l’Assemblée de déterminer la durée du temps de travail. La FLRA critiqua avec force cette décision et mena campagne contre Schouler qui fut démis de ses fonctions. Encouragées et portées par mon amie Sarah, les filles poursuivirent les envois de pétitions. Les auditions auprès du comité législatif devinrent un rendez-vous annuel. Elles n’obtinrent pas la journée de 10 heures, mais  le mouvement de la  FLRA continua de gagner des adhérentes et s’étendit aux villes environnantes. Elle s’affilia avec la New England Workingmen’s Association* , ce qui lui permit de se faire entendre au travers de la Voice of Industry , le journal de l’organisation. En 1847, sous la pression, toujours croissante, le Conseil d’Administration des usines diminua de 30 minutes la durée de la journée de travail. C’était malgré tout une victoire sensationnelle!

Mais que deviendra ce combat? Est-ce que les nouvelles recrues, presque toutes issues de l’immigration irlandaise due à la grande famine, suivront le mouvement? Ce que veulent ces femmes, c’est donner à manger à leurs enfants et cela se comprend vu qu’elles ont fui la grande famine de leur pays…. Est-ce que tout cela sera en vain finalement? Ce serait si triste! »

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à mardi prochain pour la fin des aventures

des Lowell Mill Girls,

Natacha Ramora

 

* FLRA : Female Labour Reform Association

* Association des travailleurs de Nouvelle-Angleterre

Les Lowell Mill Girls, le journal de Virginie, partie 2/4

« Cher journal,                                                                                                                      28 mars 1834

Voilà bien longtemps que je t’ai délaissé. J’avoue que je n’avais ni le temps ni l’envie de coucher sur papier mon quotidien et mes ressentis. Mais il y a du nouveau à l’usine, on dirait qu’un vent de rébellion souffle sur les allées et la colère gronde parmi de nombreuses filles du moulin. Les associés de la Boston Manufacturing Compagny ont décidé de réduire nos salaires de 15%. Autant dire que cela ne réjouit aucune d’entre nous mais plutôt que de se résigner, la plupart des ouvrières ont lancé une grève et retiré leurs économies des 2 banques locales. Malheureusement, elles n’ont pas obtenu gain de cause et certaines ont quitté la ville. De mon côté, je ne sais trop que penser de tout cela. Bien sûr, je suis furieuse de voir mon salaire réduit, mais je préfère rester discrète car j’ai peur de perdre mon travail. Maman est malade et nous avons été obligés de vendre la ferme et de payer quelqu’un pour s’occuper d’elle tous les jours. Même si je pense que les filles ont raison d’exprimer leur mécontentement sur leur baisse de salaire, je crois que la vraie responsable est la situation économique de notre pays. »

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Protestation des Lowell Mill girls contre la baisse des salaires, source milltimes.weekly.com

 

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« Cher journal,                                                                                                           25 novembre 1836

Notre pays est toujours en récession et ici les choses tournent mal. Les filles sont en colère, une fois de plus et maintenant que j’ai pris un poste de matrone dans les dortoirs, j’entends tout ce qu’elles fomentent. Je laisse faire car je les comprends, je sais le dur labeur auquel elles font face. C’est la seconde augmentation des loyers qui a déclenché tout cela, la première avait été prise en charge par l’usine. Mais cette fois-ci, ce sont les ouvrières qui devront payer de leur poche. Pour se défendre, elles viennent de former la Factory Girls Association et elles sont en train de préparer une grève. Mais obtiendront-elles gain de cause cette fois-ci ? »   

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Source : resourcesforhistoryteachers.com

 

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« Cher journal,                                                                                                                           Décembre 1836

C’est incroyable! Elles ont gagné ! Nous avons gagné! La grève a été suivie par plus de 1 500 ouvrières, ce qui a fortement perturbé la production. Celle qui a pris la parole au début de la grève a su convaincre la population qui nous a soutenues massivement. Il fallait voir cela! Elle est montée sur une pompe et a expliqué, dans un langage élégant qui a stupéfié la foule,  que nous devions résister à toutes tentatives de couper nos salaires. J’ai vu certains habitants de Lowell L’applaudir. La grève a duré plusieurs semaines et le conseil d’administration a finalement cédé, la hausse des loyers a été annulée. Je ne pensais pas voir cela un jour, le monde change, même pour nous, les filles du moulin.

Susan a rencontré un veuf durant la grève, Max Wooldrof, un monsieur de plus de 50 ans qui a été très bienveillant avec nous toutes. Depuis, il lui fait la cour et je sens bien que Susan est touchée, même s’il faut avouer qu’il n’est pas très beau. Il louche parfois et ses oreilles sont énormément décollées. Mais il dit avec humour que c’est pour mieux écouter mon amie qui est très bavarde et il est d’une grande élégance malgré tout!  » 

 

 

« Cher journal,                                                                                                                              3 juin 1837

Susan et Max viennent de se marier et j’étais leur demoiselle d’honneur. La fête était simple mais belle. Après la cérémonie, nous avons déjeuné dans un restaurant près de la rivière puis, nous avons dansé jusque tard dans l’après-midi. J’avoue que je suis un peu envieuse de son bonheur, je crains ne jamais pouvoir me marier un jour. Je suis trop timorée, trop transparente et pas suffisamment jolie pour prétendre à ce bonheur là. J’aimerai bien que la vie m’apporte de jolies surprises quelquefois ».

 

 

« Cher journal,                                                                                                                          19 mars 1840

C’est une bien triste nouvelle qui me fait prendre la plume aujourd’hui. Susan, ma tendre amie si chère à mon coeur est morte le 1er janvier emportée par une pneumonie foudroyante. Elle laisse un Max effondré, veuf pour la seconde fois et deux enfants en bas âge, John et Rosalia. J’essaye de le soutenir du mieux que je peux et je prends les enfants lorsque j’ai un congé. Le reste du temps, ils vont chez leur grand-mère Wooldrof,  mais c’est une femme austère et acariâtre. C’est à se demander comment elle a pu enfanter un garçon aussi gentil et serviable que Max. Alors quand je prends John et Rosalia, je les emmène faire de longues balades, j’achète des glaces et des bonbons à John qui revient toujours la bouche barbouillée de sucre et je pousse le landau en fredonnant des chansons qui font gazouiller  Rosalia de joie. C’est un grand bonheur de m’occuper d’eux dès que je le peux.

Max m’inquiète beaucoup car il m’a dit souffrir du coeur et a peur de faire deux orphelins. Comme il a désormais un poste assez important au sein de la mairie de Lowell, il veut que je démissionne de la compagnie pour me faire rentrer à la bibliothèque de la ville. Il veut également me nommer tutrice de ses enfants dans l’éventualité où il lui arriverait quelque chose. Ce serait une bien lourde responsabilité pour moi et un honneur aussi, mais serai-je à la hauteur? Devenir tutrice de deux merveilleux bambins et travailler à la bibliothèque moi qui suis si insignifiante? »

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Old City Hall de Lowell vers 1830, source : Lowell Historic Board

 

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29 juillet 2019

 

Georgia sursauta lorsque la bibliothécaire s’approcha d’elle pour lui annoncer la fermeture du site. Il était déjà 21h et elle n’avait pas vu le temps passer. Il était trop tard pour procéder à une inscription et ainsi emporter le livre avec elle. Elle serait obligée d’attendre demain, après sa journée de travail, pour venir le chercher. Mais elle était heureuse car elle tenait désormais son sujet de thèse, elle voulait approfondir le combat mené par ses femmes et le journal de Virginie était une bonne introduction pour mieux comprendre le ressenti des ouvrières. Elle quittait le bâtiment le coeur léger tandis que la bibliothécaire, atteinte d’un léger strabisme derrière ses lunettes épaisses, éteignait les dernières lampes.

 

à mardi prochain pour la suite…

Natacha Ramora

 

 

* source de la photo de couverture : Etsy.com : 1820’s -1830’s Lowell Mill Dress Pattern

Les Lowell Mill Girls, partie 1/4

10 août 1817

 

               F.C.Lowell

Francis Cabot Lowell était étendu sur son lit, agonisant. Il savait que dans quelques jours, ou quelques heures peut-être, la vie s’éteindrait en lui. Il trouvait cela particulièrement injuste car il n’avait que 42 ans et encore tant de projets qui n’aboutiraient pas, ou du moins, pas réellement comme il le souhaitait. Comment quitter ce monde sans avoir peur pour le devenir de l’entreprise qu’il avait créée, comment être sûr que ses associés, les Boston Associates, perpétuent leur vision commune de la Boston Manufacturing Compagny?  F.C. Lowell avait tant oeuvré pour améliorer l’industrie textile mais aussi les conditions de ses ouvrières qu’il redoutait de partir si jeune sans avoir eu suffisamment de temps pour savourer le succès de sa conception de l’industrie textile. Il avait mis au point un processus de fabrication efficace qu’il voulait différent de celui de Grande-Bretagne, très dur vis-à-vis du monde ouvrier. Ayant une grande foi dans les habitants de Nouvelle-Angleterre, il avait fait construire un premier moulin à côté de la rivière Charles, à Waltham, dans le Massachusetts, trois ans plus tôt. Le système Waltham-Lowell était révolutionnaire et sans précédent, combinant dans un même lieu la filature et le tissage des textiles, ce qui permettait une réelle efficacité.

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Quant aux Lowell Mill Girls, ses ouvrières,  il avait tenu à les payer en espèces régulièrement toutes les semaines.  Il avait refusé d’embaucher des enfants mais uniquement des jeunes femmes de 15 à 35 ans, célibataires et  logées dans des dortoirs appartenant à l’entreprise. Il se chargeait de leur offrir des opportunités éducatives au travers de cours mais aussi de services religieux. Ces jeunes femmes, également appelées les filles du moulin, étaient encouragées à s’instruire et à poursuivre des activités intellectuelles. Elles avaient accès à des bibliothèques et avaient assisté à des conférences gratuites de Ralph Waldo Emerson*, mais aussi de John Quincy Adams,  6ème président des Etats-Unis, qui promouvait l’éducation. Francis Cabot Lowell, de tout le peu de force qu’il possédait encore, espérait qu’il n’avait pas fait tout cela en vain.

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La Boston Manufacturing Company, vers 1815, Wikipédia

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Lorsque son épouse rentra dans la chambre quelques instants plus tard  et vint caresser sa main, il tourna faiblement son regard vers elle puis poussa un dernier soupir avant de s’éteindre.

 

 

29 juillet 2019

Bibliothèque de Lowell

Georgia parcourait les allées de la bibliothèque de Lowell depuis quelques  minutes, cherchant un livre qui retranscrirait bien la vie des filles du moulin. La bibliothécaire s’approcha d’elle et lui proposa son aide, une aide si précieuse car elle lui mit entre les mains une copie du journal de Virginie Cooper, Lowell Mill Girl née en 1793 et qui avait travaillé durant plusieurs décennies pour la manufacture, d’abord en tant qu’ouvrière puis en tant que surveillante dans les dortoirs. Cette femme avait toujours été appréciée par la direction pour son adaptation et sa diplomatie et elle accepta l’opportunité de rester au sein de la Boston Manufacturing Compagny, après de nombreuses années de travail à l’usine, en tant que matrone désormais.

S’installant dans un fauteuil confortable  près d’une fenêtre pour feuilleter le livre quelques instants, Georgia plongea dans le journal de Virginie sans voir le temps s’égrener rapidement.

 

« Cher journal,                                                                                                                                                            14 décembre 1816

Voilà plus de deux ans que je travaille au moulin et déjà 3 ans que papa est mort. Je suis satisfaite d’avoir trouvé cet emploi car chaque mois, je peux donner un peu d’argent à maman pour que ma soeur et mon frère mangent à leur faim. Je ne crois pas m’être sacrifiée en venant travailler ici. Cela a permis à maman, aidée aux travaux des champs par Lucie et Tom, de garder la ferme après la mort de notre père. Quant à moi, j’ai pu apprendre à lire et à écrire et lorsque j’ai une demi-journée  de repos, je rentre à la ferme pour aider et enseigner l’alphabet et le calcul à toute la famille, même à ma mère, qui s’y entend mieux aujourd’hui pour gérer le budget. Maintenant qu’elle sait compter, maman ne se laisse plus avoir par Mme Harrison quand elle va dans sa boutique pour lui proposer les produits de notre ferme. Ce travail a changé nos vies car sans lui, nous serions certainement tombés dans la misère. Malgré l’aide des voisins, maman n’aurait pas pu tenir très longtemps ainsi. Il faut reconnaître qu’ici, nous sommes mieux payées que dans d’autres usines et quand M. Lowell vient nous inspecter, il est toujours gentil et souriant, un homme bon.

Mon amie de toujours Susan m’a rejointe pour travailler au moulin et je me suis entendue avec mes camarades pour qu’elle soit dans la même chambrée que la mienne. Nous passons de bons moments le soir dans nos dortoirs, d’autant que Susan est une conteuse incroyable. Dès que la matrone a le dos tourné, elle nous raconte des histoires qui nous font frissonner avant de nous endormir et nous cachons nos cris d’épouvante sous nos couvertures pour ne pas nous faire surprendre par la surveillante après 22h. »

« Cher journal,                                                                                                                                      11 août 1817

Notre si bon M.Lowell  est mort d’une pneumonie hier. Nous sommes toutes stupéfaites et inquiètes de notre devenir… »

 

à mardi prochain pour la suite…

Natacha Ramora

                              

 

* Ralph Waldo Emerson : essayiste, philosophe et poète, chef de file du mouvement transcendantaliste  (mouvement littéraire, spirituel, culturel et philosophique qui a émergé aux États-Unis, en Nouvelle-Angleterre, dans la première moitié du XIXe siècle. Une des croyances fondamentales des transcendantalistes était la bonté inhérente des humains et de la nature. Ils croyaient aussi que la société et ses institutions — particulièrement les institutions religieuses et les partis politiques — corrompaient la pureté de l’humain, et qu’une véritable communauté ne pouvait être formée qu’à partir d’individus autonomes et indépendants – source Wikipédia).

 

 

Lowell, Massachusetts, The New England Quilt Museum

Lors de mon dernier voyage aux USA, il y aura bientôt quatre ans, nous avons séjourné quelques jours en Nouvelle-Angleterre, Etat que j’avais très envie de connaître et qui ne m’a pas déçue. Sur les conseils de Murielle Duval, qui tenait le blog « Les fils de soie », nous nous sommes rendus à Lowell, dans le Massachusetts où il y avait un beau musée de quilts. Nous avons donc  visité le New England Quilt Museum, géré par une petite équipe sympathique de dames, probablement toutes quilteuses et souhaitant faire vivre leur héritage de ville industrielle spécialisée dans le textile.

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Nous avons pu admirer quelques beaux ouvrages dont une collection éphémère mettant en scène des présidents américains célèbres. C’était une époque où un certain milliardaire geek n’était pas encore à la Maison blanche.

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Après cette petite petite visite, nous allions reprendre l’interstate  495 en direction de Old Orchard Beach quand un imposant  bâtiment à la sortie de Lowell a attiré mon attention, il s’agissait de L’ American Textile History Museum. J’avais certainement mal compris ce que m’avait expliqué Murielle.

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American Textile History Museum. Source : Facebook

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Il était hélas trop tard pour faire marche arrière, mais ma curiosité était piquée et lorsque je suis rentrée en France, j’ai entamé quelques recherches pour savoir que représentait ce Museum. C’est un infime pan de l’histoire industrielle du textile américain que j’ai découvert grâce à ma prospection et notamment l’histoire des Lowell Mill Girls ou les filles du moulin, des ouvrières du textile qui se battirent courageusement pour leurs droits dans une époque où la voix de la femme n’était pas entendue. 

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Mill girls at Lowell, weebly.com

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En 1814, l’entrepreneur Françis Cabot Lowell créa la Boston Manufacturing Compagny et installa son usine textile sur la Charles River à Waltham – Massachusetts- avec un concept innovant car, pour la première fois, le coton brut était transformé en vêtement dans un seul et même bâtiment.  La manufacture fut ainsi la première usine textile intégrée aux Etats-Unis.

Francis Cabot Lowell n’eut malheureusement pas le temps de profiter de ce succès puisqu’il mourut 3 ans plus tard. Bien que discriminatoire et paternaliste par rapport aux normes actuelles, F.C. Lowell était pourtant considéré comme révolutionnaire à son époque. Désirant vous préparer un article retraçant l’histoire et le quotidien des filles du moulin, je me suis dit que ce serait plus agréable de le faire de manière ludique. De plus, comme vous avez eu l’air d’apprécier, pour la majorité d’entre vous, ma nouvelle postée il y a quelques semaines « L’homme au feutre vert », c’est sous forme de nouvelles que je souhaite vous parler des Lowell Mills girls et du devenir de cette manufacture. Mes trois ou quatre prochains articles à venir, publiés chaque semaine à partir du 7 juillet, évoqueront donc leur histoire, un genre de saga de l’été en quelque sorte. J’espère que cette façon originale de vous parler textile et revendications vous plaira.

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A très bientôt donc et prenez bien soin de vous et de vos proches,

N@tacha Ramora

La vie reprend son cours…

Il y a quelques semaines, je vous montrais quelques ouvrages terminés ainsi que mes encours.  J’avoue que je n’ai pas beaucoup avancé, très occupée tout d’abord par la fabrication de masques, comme nombre d’entre vous, mais aussi par la vie qui reprend ses droits. Mais malgré tout, j’ai pu terminer ma housse de machine à coudre et j’en suis plutôt contente car le rendu est joli, même si la qualité de la photo est très moche et je m’en excuse.  J’ai suivi les explications du livre de Sabine Ptitboutdfil.

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et donc, le tissu au style amérindien ci-dessous, que j’ai matelassé au préalable :

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est devenu cette jolie housse de machine à coudre :

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J’espère que chacune et chacun de vous aura pu reprendre une vie à peu près normale. Pour ma part, hormis, le fait de mettre un masque lorsque je vais faire des courses et de devoir trouver des solutions pour ma fille cadette qui n’a cours que deux jours par semaine, j’avoue que ce vilain virus qui a fait tant de dégâts occupe moins mon esprit. Même si j’ai dû remettre à plus tard beaucoup de mes projets, j’ai eu la chance de ne pas avoir de proche atteint par la maladie et il vrai que là où je vis, nous ressentons moins les effets de nombreuses règles à respecter : peu de transports en commun et des centres commerciaux à échelle humaine où le port du masque reste obligatoire, bien sûr.

Pourtant, cette parenthèse confinée a laissé des traces en chacun de nous et il ne nous faudra pas perdre de vue cet épisode pour en tirer les enseignements, tout comme les méfaits mais aussi les bienfaits pour la planète.

Je vous souhaite à tous de reprendre le cours de vos vies le plus normalement possible, même si je me doute bien que pour certains, les choses ne seront plus jamais comme avant.

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Prenez soin de vous,

à très vite.

N@tacha Ramora