GR 97, le Luberon dans toute sa splendeur!

Pour la plupart des régions, la rentrée s’est annoncée cette année sous un beau soleil d’été indien. Pourtant il y a une morosité ambiante générale. Le masque est devenu le nouvel objet incontournable dont on ne peut se passer, l’économie est vacillante et beaucoup de Français ont choisi de ne pas partir en vacances cet été. Nous vivons malheureusement dans un climat  d’incertitude et de stress. C’est la raison pour laquelle, tout à ma joie de vous retrouver après cette pause estivale, je vous emmène avec moi pour une belle escapade en Luberon durant quelques semaines, histoire de sortir de  cette grisaille et de s’évader un instant. Je laisse mes copines blogueuses vous parler d’art textile pour emprunter d’autres chemins le temps d’une échappée dans le sud de la France.

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Source : French Riviera Tourism

 

Le Luberon, à prononcer sans l’accent, est une région superbe où les cigales chantent sans cesse leur amour de ces belles terres ocres de Provence.

Les villages, souvent perchés, sont tous plus éblouissants les uns que les autres, au point qu’il est difficile d’en distinguer un parmi d’autres : Gordes, Lourmarin, Roussillon, Cucuron,  Chacun d’eux essaye, par sa splendeur, d’obtenir la distinction du plus incontournable à visiter. Riche de cette information et prenant en compte les restrictions de voyages dans certains pays étrangers, j’ai donc décidé, pour cet été, de rester dans notre  pays et de faire le tour du Luberon, à pieds, en sac à dos. Toutefois, je me suis autorisée à le faire en mode doux, c’est-à-dire pas de tente, pas de sac de couchage ni de réchaud à porter. J’ai organisé mes étapes en fonction des hôtels et des chambres d’hôtes réservés à l’avance, en dînant dans des auberges ou des restaurants aux cartes alléchantes sentant bon les herbes de Provence et le petit rosé bien frais.

C’était un challenge important pour moi car même si j’ai l’habitude de randonner régulièrement, partir marcher en itinérance sur dix jours est un tout autre défi. Je l’ai pourtant relevé avec plaisir, presque déçue de voir ce trek s’achever.

Des Alpes de Haute-Provence au Vaucluse; des Gorges de Régalon à Oppède le Vieux en passant par les crêtes; de Gordes aux couleurs ocres du Roussillon; des fontaines rafraîchissantes à la sérénité des vieux lavoirs désertés par les lavandières, chaque kilomètre a apporté son lot d’émerveillement malgré la canicule et un dénivelé quelquefois élevé.

Je vous emmène avec moi à la découverte des sentiers provençaux qui sentent  la lavande, le thym et le romarin. Prenez vos bâtons, chaussez vos lunettes de soleil, nous partons…

Mais avant de débuter le GR, il nous faut tout d’abord faire une petite étape pédestre de Saint-Michel l’Observatoire (dans les Alpes de Haute Provence, où se trouve l’observatoire du même nom) jusqu’à Céreste, point de départ de mon GR afin de laisser mon véhicule sous bonne garde.

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Le moulin de Saint-Michel l’observatoire a été rénové il y a plus de 10 ans

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Les chemins de Saint-Jacques de Compostelle ont déclenché un déplacement de foule considérable. Riches ou pauvres, nombres de pèlerins se mettaient en chemin, parfois depuis le fin fond de l’Europe. Les voies romaines facilitaient ces grands déplacements. C’est donc une d’entre elles que nous avons suivi pour rejoindre Céreste. Les villages traversés ont hébergé, nourri et soigné de nombreux voyageurs. Nous pouvons d’ailleurs apercevoir le symbole de la coquille sur certaines sépultures du prieuré de Carluc.

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Le Prieuré de Carluc : la chapelle ainsi qu’une partie des restes du Prieuré sont classés Monuments Historiques

 

 

Les sépultures du Prieuré

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Nous avons aussi découvert le petit village de Lincel où il n’y avait âme qui vive.

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Peu de touristes à Lincel qui possède pourtant des chambres d’hôtes.

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De nombreux villages de Provence ont conservé leurs lavoirs.

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Voilà, nous y sommes enfin à Céreste ! le temps d’une nuit réparatrice et ma fille embarque pour de nouvelles aventures sur l’île de beauté tandis que je me prépare pour un trek de longue haleine de 10 jours riche en émotions.

 

Allons-y !

 Me voici fraîche et dispose, piaffant presque d’impatience. Je me mets en route, l’objectif du jour est d’atteindre Cucuron mais je sais que cela va être difficile car il y a énormément de kilomètres à parcourir. Je grimpe sur un sentier forestier jusqu’à Montjustin puis je traverse le Bois de Madame. j’ai vraiment été mise en garde sur les risques d’incendie dans la région qui allie sécheresse et canicule . Tandis que je rejoins tranquillement Vitrolles-en-Luberon, je prends quelques photos.

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J’aperçois une épaisse fumée en contrebas dans la forêt et un bombardier d’eau qui la survole. Je sais que je dois prendre une décision rapide car je suis isolée dans un petit village silencieux, c’est à peine si j’entends quelques discussions feutrées derrière des volets clos. J’abandonne donc le GR à regret et dès la sortie du village, je guette une voiture sur cette route désertée. Mais la chance est avec moi, c’est la première fois que je tends le pouce depuis de nombreuses années – oserais-je même dire plusieurs décennies – et une petite citadine blanche s’arrête. À son bord, une mamie du sud, qui me fait immédiatement penser à ma grand-mère paternelle, Mémé. Je lui explique le problème tandis que nous redescendons et croisons plusieurs véhicules de pompiers qui remontent.

Attendrie, la vieille dame se détourne de sa route pour m’emmener jusqu’à Cucuron et je suis touchée par ce premier geste de solidarité. Je crois que je suis prête pour m’inscrire à Pékin Express. 

La soirée est plus douce, une belle chambre d’hôte climatisée et une piscine qui permet de se rafraîchir sont un havre de paix. Je sors dîner tôt près de l’étang et je m’en félicite lorsque je vois l’affluence dans les restaurants sur la place un quart d’heure plus tard, avec beaucoup de touristes dépités de ne pas pouvoir dîner.

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Tapenade et rosé de Provence

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La place de l’étang

 

Je flâne ensuite dans les rues de Cucuron et admire le coucher de soleil de cette douce soirée provençale avant de rentrer me coucher.

 

La nuit tombe sur Cucuron

 

 

 

 

Le lendemain est une journée de repos et je l’apprécie pleinement. J’ai convenu avec mon hôtesse de couchsurfing Isabelle, qu’elle viendrait me chercher dans l’après-midi à Cucuron pour rejoindre son domicile à Cadenet. En attendant je profite de la piscine. J’ai rencontré Isabelle sur un groupe Facebook qui permet aux femmes qui voyagent seules d’échanger plein de bons plans et de conseils sur toutes destinations, y compris à l’étranger, et de demander ou de proposer éventuellement un couchsurfing. Cette communauté est un formidable moteur pour les femmes qui aiment découvrir le monde en solo.

Isabelle m’a proposé spontanément de m’héberger et elle a été un véritable coup de cœur pour moi.  La soirée chez elle est donc sympathique et bien entendu, nous parlons de voyages : ceux déjà faits, ceux à venir et ceux espérés. Mais il est temps de prendre du repos, demain j’ai rendez-vous avec Albert Camus…

 

à   mardi prochain pour la suite…

Natacha

 

Les Lowell Mill Girls, « Rogers Fort Hill Park Historic District » partie 4/4

31 juillet 2019 

Georgia referma le journal de Virginie avec beaucoup de regret. Elle avait profondément aimé se plonger dans cette lecture, tout comme elle avait apprécié les quelques lignes de la tendre Rosalia qui terminait le journal et racontait la fin de vie heureuse de celle qui avait été une seconde maman pour elle, entouré des siens. Georgia était  émue de savoir que cette humble héroïne d’un autre temps avait été distinguée par la municipalité de Lowell pour son dévouement. Elle était sûre désormais d’avoir trouvé le sujet de thèse idéal. Elle voulait relater avec des mots forts le combat de ces courageuses filles du moulin dans leur dur labeur, qu’elles soient du Massachusetts, d’Irlande ou encore du Canada, pour celles qui arrivèrent après la guerre de Sécession. 

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Rogers Fort Hill Park Historic District , source : Original Vintage Postcard

Mais elle avait aussi été agréablement surprise de l’invitation à déjeuner de Cassie, la bibliothécaire, le jour même lorsqu’elle lui avait expliqué combien ce journal intime l’avait inspirée pour le travail de  recherches qu’elle projetait. Elle était très excitée de s’y rendre, presque comme si elle avait rendez-vous avec son destin. Curieuse de cette invitation peu courante, elle avait hâte de comprendre pourquoi Cassie faisait tant de mystères. Georgia prit donc  le gâteau crémeux acheté au supermarché du coin de sa rue puis elle se mit en route pour se rendre à l’adresse indiquée, dans le quartier historique de Rogers Fort Hill Park Historic District. Elle s’attendait à trouver le logement humble d’une bibliothécaire, pourtant c’est dans une belle maison du 19ème siècle  avec jardin que l’accueillit celle-ci. Elle lui proposa de prendre un rafraîchissement sous la tonnelle de chèvrefeuille et elles échangèrent quelques banalités sur la vie et les habitants de Lowell tandis que Kévin, le mari de la jeune femme, se joignait à elles.  Georgia était un peu sur la réserve car elle avait du mal à comprendre ce qui se cachait derrière cette invitation et elle avait le sentiment que l’on attendait quelque chose d’elle. Cassie se leva, réajusta ses lunettes à montures épaisses qui cachaient un léger strabisme divergent et proposa de lui faire visiter la maison. Les vastes pièces et les beaux meubles se succédaient les uns aux autres et Georgia se demandait quel poste pouvait bien occuper Kévin pour qu’ils possèdent une si belle demeure ancienne. Peut-être était-ce un héritage après tout? Les deux femmes pénétrèrent dans une grande bibliothèque  où trônaient des fauteuils clubs confortables et un bureau recouvert de cuir sur lequel était posé une lampe verte de laiton et d’opaline.  Il y avait sur le mur de nombreuses photos anciennes et des daguerréotypes dont certains attirèrent l’attention de Georgia : les usines de Lowell, les filles du moulin en grève, une famille avec deux jeunes enfants. Sur ce portrait de famille figurait un homme brun aux lunettes à monture épaisses derrières lesquelles il y avait un regard bienveillant atteint d’un strabisme divergent assez prononcé. Juste à côté de cette photographie, un autre portrait avec les deux mêmes bambins. Le garçon portait un costume d’enfant bien ajusté et tenait la main d’une femme au visage doux  portant dans ses bras une petite fille aux boucles blondes. Georgia regarda Cassie, qui souriait radieusement, d’un oeil interrogateur :

« – Cassie? Est-ce que …?

– Oui Georgia, je vous présente mes aïeux! Voici Susan et Max Wooldrof et leurs enfants John et Rosalia et sur ce portrait-ci, Virginie avec les petits. Ils ont tous vécu ici car la maison familiale a été transmise de génération en génération. Il était important pour moi de continuer à faire vivre cet héritage culturel et à faire connaître le combat des filles du moulin que mes aïeules ont vécu. C’est la raison pour laquelle j’ai su que vous adoreriez le journal de Virginie dont j’ai l’exemplaire original ici, précieusement conservé. En élevant John et Rosalia, cette femme a été le pilier de notre famille. Sachez donc que si vous choisissez de travailler sur les Lowell Mill Girls, notre bibliothèque est à votre disposition pour étoffer vos recherches  car nous avons conservé beaucoup d’ archives  de cette époque. Vous pouvez venir aussi souvent que vous le souhaitez, il y a une entrée indépendante, je vous laisserai les clés.

– Je ne sais pas quoi dire Cassie! Je suis tellement  touchée par votre proposition.

– C’est moi qui suis touchée de votre intérêt Georgia. »

Et c’est ainsi que durant de nombreux mois, la petite lampe verte de laiton et d’opaline brilla jusque tard dans la nuit.

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Cambridge, université de Harvard, octobre 2028

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Georgia monta prestement sur l’estrade de l’amphi, saisit une craie blanche et inscrivit sur le tableau noir « Les Lowell Mill Girls » puis elle se retourna et fit face à ses étudiants avec un  sourire déterminé. .

Natacha Ramora

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Pour plus de confort de lecture, si vous souhaitez relire la nouvelle en intégralité, veuillez suivre ce lien :

https://chroniquepatchwork.com/2018/04/08/les-lowell-mill-girls-lintegrale/

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Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter de bonnes vacances et un bel été à toutes et tous! Prenez soin de vous et profitez des jolis moments estivaux. Pour ma part, je pars à la conquête des beaux villages du Lubéron sur les sentiers du GR 97 : Lourmarin, Roussillon, Rustrel, Oppedette….. Sous le soleil et accompagnée des cigales, l’aventure promet d’être sympathique! Et bien sûr, je vous prépare de beaux reportages à mon retour, comme si vous m’accompagniez un peu sur le chemin.

A très vite donc, je serai de retour le 15 septembre.

Natacha

Les Lowell Mill Girls, le vieux journal, partie 3/4

« Cher journal,                                                                                                                                4 mai 1855

Je viens de te retrouver dans un vieux coffre poussiéreux au fin fond du grenier. J’ai dû t’enfermer dans cette malle lors de mon emménagement chez Max Wolldrof après son décès et ne plus avoir de temps pour poursuivre cette correspondance avec moi-même.

Tant de choses ont changées depuis la dernière fois que j’ai couché mes sentiments sur le papier, je me rends compte à quel point je manquais d’assurance. Mais finalement, je suis assez fière de tout ce que j’ai accompli.

J’ai pris grand soin de John et Rosalia puisque Max m’a nommée tutrice, comme il l’avait prévu. Ce seront bientôt tous deux des adultes. John espère faire de la politique et il très engagé auprès des démocrates. C’est un garçon qui a beaucoup de caractère et qui est très enjoué. Il a toujours su se faire des amis partout où il se rendait. Rosalia, quand à elle, est beaucoup plus timide et secrète mais elle a hérité de la beauté de sa mère, ma tendre amie Susan. Je pense qu’elle trouvera facilement un bon mari. Je me suis évertuée à lui donner une bonne éducation, c’est donc une jeune fille très instruite et intelligente, ce qui lui servira dans la vie, j’en suis certaine.

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Usines de Lowell , source : maathiildee.com

J’espère vivre encore suffisamment longtemps pour choyer les enfants qu’ils auront. J’ai déjà 63 ans et je me sens un peu usée par le temps qui passe. Il faut reconnaître qu’à l’époque, la vie en usine ne nous a pas épargnées nous toutes et quand j’y songe, je mesure ma chance d’être toujours de ce monde. Quand je suis rentrée au moulin, nous travaillions tous les jours de 5h du matin à 7 h du soir dans un bruit vraiment épouvantable, si bien qu’aujourd’hui j’entends très mal et peine à tenir une conversation dans un lieu très animé. Et que dire des fenêtres de l’atelier fermées, y compris en été, pour maintenir les conditions optimales du travail du fil tandis que l’ air était rempli de particules? Comment ne pas comprendre les grèves et mouvements sociaux faisant entendre la voix des femmes porté par mon ami Sarah Bagley? C’est sous son impulsion qu’a été créé la FLRA* qui a porté leurs revendications devant l’Assemblée du Massachusetts avec une pétition signée par plus de 2 000 d’entre elles afin de réclamer la journée de travail de 10h.

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Les élus de l’Assemblée ont donc fait établir un Comité, présidé par Monsieur William Schouler,  un élu de Lowell,  qui a enquêté auprès des filles du moulin sur leurs conditions de travail. Mais la conclusion a fortement déplu à Sarah et à l’Association. Moi qui la connaissais déjà bien à l’époque, je savais qu’elle n’en resterait pas là. Elle venait régulièrement à la bibliothèque pour se documenter et elle passait de longs moments assise à une table, s’abimant les yeux sur d’énormes livres où des hommes influents avaient couché leurs réflexions idéologiques. Elle venait le soir, après sa journée à l’usine, épuisée mais parvenant à ne pas tomber de sommeil grâce à sa détermination.  Tandis que la bibliothèque avait déjà fermé ses portes, nous restions toutes les deux seules, enfermées dans le bâtiment et je veillais avec elle. C’était ma façon à moi de participer à la lutte, lui donner accès à l’immense savoir contenu dans ces lieux pour qu’elle puisse réfléchir en paix. C’est ainsi que notre amitié est née.

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Massachusetts State House, source : Wikipédia

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Lorsque je voyais qu’elle flanchait un peu, je lui apportais une bonne tasse de thé brûlant, comme elle aimait à le boire, et je réajustais son châle avec tendresse. Elle levait alors les yeux vers moi et j’y voyais la flamme vive des grands hommes mais aussi son amitié pour moi. Elle s’accordait alors une pause et nous parlions un moment des tracas de la vie avant qu’elle ne reprenne sa lecture et le fil de ses pensées.

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Source : zinnedproject.org

Mais, chose incroyable, Le Comité arriva à la conclusion qu’il n’était pas du ressort de l’Assemblée de déterminer la durée du temps de travail. La FLRA critiqua avec force cette décision et mena campagne contre Schouler qui fut démis de ses fonctions. Encouragées et portées par mon amie Sarah, les filles poursuivirent les envois de pétitions. Les auditions auprès du comité législatif devinrent un rendez-vous annuel. Elles n’obtinrent pas la journée de 10 heures, mais  le mouvement de la  FLRA continua de gagner des adhérentes et s’étendit aux villes environnantes. Elle s’affilia avec la New England Workingmen’s Association* , ce qui lui permit de se faire entendre au travers de la Voice of Industry , le journal de l’organisation. En 1847, sous la pression, toujours croissante, le Conseil d’Administration des usines diminua de 30 minutes la durée de la journée de travail. C’était malgré tout une victoire sensationnelle!

Mais que deviendra ce combat? Est-ce que les nouvelles recrues, presque toutes issues de l’immigration irlandaise due à la grande famine, suivront le mouvement? Ce que veulent ces femmes, c’est donner à manger à leurs enfants et cela se comprend vu qu’elles ont fui la grande famine de leur pays…. Est-ce que tout cela sera en vain finalement? Ce serait si triste! »

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à mardi prochain pour la fin des aventures

des Lowell Mill Girls,

Natacha Ramora

 

* FLRA : Female Labour Reform Association

* Association des travailleurs de Nouvelle-Angleterre

Les Lowell Mill Girls, le journal de Virginie, partie 2/4

« Cher journal,                                                                                                                      28 mars 1834

Voilà bien longtemps que je t’ai délaissé. J’avoue que je n’avais ni le temps ni l’envie de coucher sur papier mon quotidien et mes ressentis. Mais il y a du nouveau à l’usine, on dirait qu’un vent de rébellion souffle sur les allées et la colère gronde parmi de nombreuses filles du moulin. Les associés de la Boston Manufacturing Compagny ont décidé de réduire nos salaires de 15%. Autant dire que cela ne réjouit aucune d’entre nous mais plutôt que de se résigner, la plupart des ouvrières ont lancé une grève et retiré leurs économies des 2 banques locales. Malheureusement, elles n’ont pas obtenu gain de cause et certaines ont quitté la ville. De mon côté, je ne sais trop que penser de tout cela. Bien sûr, je suis furieuse de voir mon salaire réduit, mais je préfère rester discrète car j’ai peur de perdre mon travail. Maman est malade et nous avons été obligés de vendre la ferme et de payer quelqu’un pour s’occuper d’elle tous les jours. Même si je pense que les filles ont raison d’exprimer leur mécontentement sur leur baisse de salaire, je crois que la vraie responsable est la situation économique de notre pays. »

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Protestation des Lowell Mill girls contre la baisse des salaires, source milltimes.weekly.com

 

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« Cher journal,                                                                                                           25 novembre 1836

Notre pays est toujours en récession et ici les choses tournent mal. Les filles sont en colère, une fois de plus et maintenant que j’ai pris un poste de matrone dans les dortoirs, j’entends tout ce qu’elles fomentent. Je laisse faire car je les comprends, je sais le dur labeur auquel elles font face. C’est la seconde augmentation des loyers qui a déclenché tout cela, la première avait été prise en charge par l’usine. Mais cette fois-ci, ce sont les ouvrières qui devront payer de leur poche. Pour se défendre, elles viennent de former la Factory Girls Association et elles sont en train de préparer une grève. Mais obtiendront-elles gain de cause cette fois-ci ? »   

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Source : resourcesforhistoryteachers.com

 

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« Cher journal,                                                                                                                           Décembre 1836

C’est incroyable! Elles ont gagné ! Nous avons gagné! La grève a été suivie par plus de 1 500 ouvrières, ce qui a fortement perturbé la production. Celle qui a pris la parole au début de la grève a su convaincre la population qui nous a soutenues massivement. Il fallait voir cela! Elle est montée sur une pompe et a expliqué, dans un langage élégant qui a stupéfié la foule,  que nous devions résister à toutes tentatives de couper nos salaires. J’ai vu certains habitants de Lowell L’applaudir. La grève a duré plusieurs semaines et le conseil d’administration a finalement cédé, la hausse des loyers a été annulée. Je ne pensais pas voir cela un jour, le monde change, même pour nous, les filles du moulin.

Susan a rencontré un veuf durant la grève, Max Wooldrof, un monsieur de plus de 50 ans qui a été très bienveillant avec nous toutes. Depuis, il lui fait la cour et je sens bien que Susan est touchée, même s’il faut avouer qu’il n’est pas très beau. Il louche parfois et ses oreilles sont énormément décollées. Mais il dit avec humour que c’est pour mieux écouter mon amie qui est très bavarde et il est d’une grande élégance malgré tout!  » 

 

 

« Cher journal,                                                                                                                              3 juin 1837

Susan et Max viennent de se marier et j’étais leur demoiselle d’honneur. La fête était simple mais belle. Après la cérémonie, nous avons déjeuné dans un restaurant près de la rivière puis, nous avons dansé jusque tard dans l’après-midi. J’avoue que je suis un peu envieuse de son bonheur, je crains ne jamais pouvoir me marier un jour. Je suis trop timorée, trop transparente et pas suffisamment jolie pour prétendre à ce bonheur là. J’aimerai bien que la vie m’apporte de jolies surprises quelquefois ».

 

 

« Cher journal,                                                                                                                          19 mars 1840

C’est une bien triste nouvelle qui me fait prendre la plume aujourd’hui. Susan, ma tendre amie si chère à mon coeur est morte le 1er janvier emportée par une pneumonie foudroyante. Elle laisse un Max effondré, veuf pour la seconde fois et deux enfants en bas âge, John et Rosalia. J’essaye de le soutenir du mieux que je peux et je prends les enfants lorsque j’ai un congé. Le reste du temps, ils vont chez leur grand-mère Wooldrof,  mais c’est une femme austère et acariâtre. C’est à se demander comment elle a pu enfanter un garçon aussi gentil et serviable que Max. Alors quand je prends John et Rosalia, je les emmène faire de longues balades, j’achète des glaces et des bonbons à John qui revient toujours la bouche barbouillée de sucre et je pousse le landau en fredonnant des chansons qui font gazouiller  Rosalia de joie. C’est un grand bonheur de m’occuper d’eux dès que je le peux.

Max m’inquiète beaucoup car il m’a dit souffrir du coeur et a peur de faire deux orphelins. Comme il a désormais un poste assez important au sein de la mairie de Lowell, il veut que je démissionne de la compagnie pour me faire rentrer à la bibliothèque de la ville. Il veut également me nommer tutrice de ses enfants dans l’éventualité où il lui arriverait quelque chose. Ce serait une bien lourde responsabilité pour moi et un honneur aussi, mais serai-je à la hauteur? Devenir tutrice de deux merveilleux bambins et travailler à la bibliothèque moi qui suis si insignifiante? »

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Old City Hall de Lowell vers 1830, source : Lowell Historic Board

 

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29 juillet 2019

 

Georgia sursauta lorsque la bibliothécaire s’approcha d’elle pour lui annoncer la fermeture du site. Il était déjà 21h et elle n’avait pas vu le temps passer. Il était trop tard pour procéder à une inscription et ainsi emporter le livre avec elle. Elle serait obligée d’attendre demain, après sa journée de travail, pour venir le chercher. Mais elle était heureuse car elle tenait désormais son sujet de thèse, elle voulait approfondir le combat mené par ses femmes et le journal de Virginie était une bonne introduction pour mieux comprendre le ressenti des ouvrières. Elle quittait le bâtiment le coeur léger tandis que la bibliothécaire, atteinte d’un léger strabisme derrière ses lunettes épaisses, éteignait les dernières lampes.

 

à mardi prochain pour la suite…

Natacha Ramora

 

 

* source de la photo de couverture : Etsy.com : 1820’s -1830’s Lowell Mill Dress Pattern

Les Lowell Mill Girls, partie 1/4

10 août 1817

 

               F.C.Lowell

Francis Cabot Lowell était étendu sur son lit, agonisant. Il savait que dans quelques jours, ou quelques heures peut-être, la vie s’éteindrait en lui. Il trouvait cela particulièrement injuste car il n’avait que 42 ans et encore tant de projets qui n’aboutiraient pas, ou du moins, pas réellement comme il le souhaitait. Comment quitter ce monde sans avoir peur pour le devenir de l’entreprise qu’il avait créée, comment être sûr que ses associés, les Boston Associates, perpétuent leur vision commune de la Boston Manufacturing Compagny?  F.C. Lowell avait tant oeuvré pour améliorer l’industrie textile mais aussi les conditions de ses ouvrières qu’il redoutait de partir si jeune sans avoir eu suffisamment de temps pour savourer le succès de sa conception de l’industrie textile. Il avait mis au point un processus de fabrication efficace qu’il voulait différent de celui de Grande-Bretagne, très dur vis-à-vis du monde ouvrier. Ayant une grande foi dans les habitants de Nouvelle-Angleterre, il avait fait construire un premier moulin à côté de la rivière Charles, à Waltham, dans le Massachusetts, trois ans plus tôt. Le système Waltham-Lowell était révolutionnaire et sans précédent, combinant dans un même lieu la filature et le tissage des textiles, ce qui permettait une réelle efficacité.

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Quant aux Lowell Mill Girls, ses ouvrières,  il avait tenu à les payer en espèces régulièrement toutes les semaines.  Il avait refusé d’embaucher des enfants mais uniquement des jeunes femmes de 15 à 35 ans, célibataires et  logées dans des dortoirs appartenant à l’entreprise. Il se chargeait de leur offrir des opportunités éducatives au travers de cours mais aussi de services religieux. Ces jeunes femmes, également appelées les filles du moulin, étaient encouragées à s’instruire et à poursuivre des activités intellectuelles. Elles avaient accès à des bibliothèques et avaient assisté à des conférences gratuites de Ralph Waldo Emerson*, mais aussi de John Quincy Adams,  6ème président des Etats-Unis, qui promouvait l’éducation. Francis Cabot Lowell, de tout le peu de force qu’il possédait encore, espérait qu’il n’avait pas fait tout cela en vain.

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La Boston Manufacturing Company, vers 1815, Wikipédia

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Lorsque son épouse rentra dans la chambre quelques instants plus tard  et vint caresser sa main, il tourna faiblement son regard vers elle puis poussa un dernier soupir avant de s’éteindre.

 

 

29 juillet 2019

Bibliothèque de Lowell

Georgia parcourait les allées de la bibliothèque de Lowell depuis quelques  minutes, cherchant un livre qui retranscrirait bien la vie des filles du moulin. La bibliothécaire s’approcha d’elle et lui proposa son aide, une aide si précieuse car elle lui mit entre les mains une copie du journal de Virginie Cooper, Lowell Mill Girl née en 1793 et qui avait travaillé durant plusieurs décennies pour la manufacture, d’abord en tant qu’ouvrière puis en tant que surveillante dans les dortoirs. Cette femme avait toujours été appréciée par la direction pour son adaptation et sa diplomatie et elle accepta l’opportunité de rester au sein de la Boston Manufacturing Compagny, après de nombreuses années de travail à l’usine, en tant que matrone désormais.

S’installant dans un fauteuil confortable  près d’une fenêtre pour feuilleter le livre quelques instants, Georgia plongea dans le journal de Virginie sans voir le temps s’égrener rapidement.

 

« Cher journal,                                                                                                                                                            14 décembre 1816

Voilà plus de deux ans que je travaille au moulin et déjà 3 ans que papa est mort. Je suis satisfaite d’avoir trouvé cet emploi car chaque mois, je peux donner un peu d’argent à maman pour que ma soeur et mon frère mangent à leur faim. Je ne crois pas m’être sacrifiée en venant travailler ici. Cela a permis à maman, aidée aux travaux des champs par Lucie et Tom, de garder la ferme après la mort de notre père. Quant à moi, j’ai pu apprendre à lire et à écrire et lorsque j’ai une demi-journée  de repos, je rentre à la ferme pour aider et enseigner l’alphabet et le calcul à toute la famille, même à ma mère, qui s’y entend mieux aujourd’hui pour gérer le budget. Maintenant qu’elle sait compter, maman ne se laisse plus avoir par Mme Harrison quand elle va dans sa boutique pour lui proposer les produits de notre ferme. Ce travail a changé nos vies car sans lui, nous serions certainement tombés dans la misère. Malgré l’aide des voisins, maman n’aurait pas pu tenir très longtemps ainsi. Il faut reconnaître qu’ici, nous sommes mieux payées que dans d’autres usines et quand M. Lowell vient nous inspecter, il est toujours gentil et souriant, un homme bon.

Mon amie de toujours Susan m’a rejointe pour travailler au moulin et je me suis entendue avec mes camarades pour qu’elle soit dans la même chambrée que la mienne. Nous passons de bons moments le soir dans nos dortoirs, d’autant que Susan est une conteuse incroyable. Dès que la matrone a le dos tourné, elle nous raconte des histoires qui nous font frissonner avant de nous endormir et nous cachons nos cris d’épouvante sous nos couvertures pour ne pas nous faire surprendre par la surveillante après 22h. »

« Cher journal,                                                                                                                                      11 août 1817

Notre si bon M.Lowell  est mort d’une pneumonie hier. Nous sommes toutes stupéfaites et inquiètes de notre devenir… »

 

à mardi prochain pour la suite…

Natacha Ramora

                              

 

* Ralph Waldo Emerson : essayiste, philosophe et poète, chef de file du mouvement transcendantaliste  (mouvement littéraire, spirituel, culturel et philosophique qui a émergé aux États-Unis, en Nouvelle-Angleterre, dans la première moitié du XIXe siècle. Une des croyances fondamentales des transcendantalistes était la bonté inhérente des humains et de la nature. Ils croyaient aussi que la société et ses institutions — particulièrement les institutions religieuses et les partis politiques — corrompaient la pureté de l’humain, et qu’une véritable communauté ne pouvait être formée qu’à partir d’individus autonomes et indépendants – source Wikipédia).

 

 

Lowell, Massachusetts, The New England Quilt Museum

Lors de mon dernier voyage aux USA, il y aura bientôt quatre ans, nous avons séjourné quelques jours en Nouvelle-Angleterre, Etat que j’avais très envie de connaître et qui ne m’a pas déçue. Sur les conseils de Murielle Duval, qui tenait le blog « Les fils de soie », nous nous sommes rendus à Lowell, dans le Massachusetts où il y avait un beau musée de quilts. Nous avons donc  visité le New England Quilt Museum, géré par une petite équipe sympathique de dames, probablement toutes quilteuses et souhaitant faire vivre leur héritage de ville industrielle spécialisée dans le textile.

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Nous avons pu admirer quelques beaux ouvrages dont une collection éphémère mettant en scène des présidents américains célèbres. C’était une époque où un certain milliardaire geek n’était pas encore à la Maison blanche.

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Après cette petite petite visite, nous allions reprendre l’interstate  495 en direction de Old Orchard Beach quand un imposant  bâtiment à la sortie de Lowell a attiré mon attention, il s’agissait de L’ American Textile History Museum. J’avais certainement mal compris ce que m’avait expliqué Murielle.

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American Textile History Museum. Source : Facebook

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Il était hélas trop tard pour faire marche arrière, mais ma curiosité était piquée et lorsque je suis rentrée en France, j’ai entamé quelques recherches pour savoir que représentait ce Museum. C’est un infime pan de l’histoire industrielle du textile américain que j’ai découvert grâce à ma prospection et notamment l’histoire des Lowell Mill Girls ou les filles du moulin, des ouvrières du textile qui se battirent courageusement pour leurs droits dans une époque où la voix de la femme n’était pas entendue. 

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Mill girls at Lowell, weebly.com

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En 1814, l’entrepreneur Françis Cabot Lowell créa la Boston Manufacturing Compagny et installa son usine textile sur la Charles River à Waltham – Massachusetts- avec un concept innovant car, pour la première fois, le coton brut était transformé en vêtement dans un seul et même bâtiment.  La manufacture fut ainsi la première usine textile intégrée aux Etats-Unis.

Francis Cabot Lowell n’eut malheureusement pas le temps de profiter de ce succès puisqu’il mourut 3 ans plus tard. Bien que discriminatoire et paternaliste par rapport aux normes actuelles, F.C. Lowell était pourtant considéré comme révolutionnaire à son époque. Désirant vous préparer un article retraçant l’histoire et le quotidien des filles du moulin, je me suis dit que ce serait plus agréable de le faire de manière ludique. De plus, comme vous avez eu l’air d’apprécier, pour la majorité d’entre vous, ma nouvelle postée il y a quelques semaines « L’homme au feutre vert », c’est sous forme de nouvelles que je souhaite vous parler des Lowell Mills girls et du devenir de cette manufacture. Mes trois ou quatre prochains articles à venir, publiés chaque semaine à partir du 7 juillet, évoqueront donc leur histoire, un genre de saga de l’été en quelque sorte. J’espère que cette façon originale de vous parler textile et revendications vous plaira.

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A très bientôt donc et prenez bien soin de vous et de vos proches,

N@tacha Ramora

La vie reprend son cours…

Il y a quelques semaines, je vous montrais quelques ouvrages terminés ainsi que mes encours.  J’avoue que je n’ai pas beaucoup avancé, très occupée tout d’abord par la fabrication de masques, comme nombre d’entre vous, mais aussi par la vie qui reprend ses droits. Mais malgré tout, j’ai pu terminer ma housse de machine à coudre et j’en suis plutôt contente car le rendu est joli, même si la qualité de la photo est très moche et je m’en excuse.  J’ai suivi les explications du livre de Sabine Ptitboutdfil.

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et donc, le tissu au style amérindien ci-dessous, que j’ai matelassé au préalable :

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est devenu cette jolie housse de machine à coudre :

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J’espère que chacune et chacun de vous aura pu reprendre une vie à peu près normale. Pour ma part, hormis, le fait de mettre un masque lorsque je vais faire des courses et de devoir trouver des solutions pour ma fille cadette qui n’a cours que deux jours par semaine, j’avoue que ce vilain virus qui a fait tant de dégâts occupe moins mon esprit. Même si j’ai dû remettre à plus tard beaucoup de mes projets, j’ai eu la chance de ne pas avoir de proche atteint par la maladie et il vrai que là où je vis, nous ressentons moins les effets de nombreuses règles à respecter : peu de transports en commun et des centres commerciaux à échelle humaine où le port du masque reste obligatoire, bien sûr.

Pourtant, cette parenthèse confinée a laissé des traces en chacun de nous et il ne nous faudra pas perdre de vue cet épisode pour en tirer les enseignements, tout comme les méfaits mais aussi les bienfaits pour la planète.

Je vous souhaite à tous de reprendre le cours de vos vies le plus normalement possible, même si je me doute bien que pour certains, les choses ne seront plus jamais comme avant.

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Prenez soin de vous,

à très vite.

N@tacha Ramora

 

 

 

Quiche à la roquette et au jambon cru pour fêter le déconfinement!

 

Le temps du déconfinement est enfin là et chacun et chacune de nous reprend peu à peu  le cours de sa vie. Pourtant, il nous faut éviter désormais et  jusqu’à nouvel ordre, les embrassades et les poignées de main. Malgré cette distanciation sociale, on sent que par chez nous, les gens sont heureux de pouvoir sortir à nouveau longuement pour de grandes balades.

Mercredi dernier, j’ai profité d’une accalmie entre deux averses pour aller faire une longue promenade à vélo le long de la Saône et, chose rare, les gens se saluaient et se souriaient, échangeaient parfois quelques mots, tout à leur bonheur de pouvoir flâner longuement. J’espère que ce changement bénéfique durera dans le temps, savoir apprécier la douceur du quotidien. Nombre d’entre nous allons pouvoir revoir nos proches, ceux qui habitent à moins de 100 kms. Je vous souhaite donc de belles retrouvailles et, tout en respectant les gestes barrières, de profiter pleinement de toutes ces personnes qui vont ont manqué. Je vous propose une petite recette printanière voire estivale à déguster avec vos proches retrouvés.

 

Quiche à la roquette et au jambon cru

Ingrédients

– 1 pâte feuilletée

– 200 g de roquette

– 50 g de beurre

– 2 échalotes

– 150 g de jambon cru

– 60 g de parmesan (ou 100 g fromage chèvre frais)

– 2 dl de crème fraîche

– 2 dl de lait

– 2 oeufs

– Sel, poivre

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Préchauffez le four à 210 °C pendant 10 minutes. Coupez grossièrement la roquette. Faites revenir dans le beurre les échalotes coupées finement. Ajoutez la roquette en veillant à ne pas la cuire entièrement pour la garder croquante.

Déroulez la pâte feuilletée dans un moule avec sa feuille de cuisson. Piquez le fond à la fourchette. Découpez le jambon cru en larges rubans. Disposez le mélange de roquette et d’échalotes puis le jambon sur le fond de tarte. Saupoudrez de parmesan ou rajoutez le fromage de chèvre selon goût.

Mélangez la crème fraîche, les oeufs et le lait. Salez, poivrez.

Versez la préparation sur la pâte, enfournez pendant 25 à 30 minutes à 210 ° (th7).

Régalez-vous !

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Tout comme vous, je vais reprendre le cours de ma vie et, par conséquent, le rythme du blog, les premiers et troisièmes mardis du mois.

A bientôt pour un nouvel article, en attendant, prenez bien soin de vous!

 

N@tacha Ramora

« L’homme au feutre vert » , suite

Je compris très vite que Léonie n’était pas une vieille dame qui perdait la tête, elle me parut au contraire très lucide. Mes questions s’enchaînèrent rapidement et elle répondit à chacune d’elles avec précision. C’est ainsi que j’appris le drame qui se déroula, dix ans plus tôt, chez les premiers propriétaires de la maison, une couple d’une soixante d’années à l’époque, Babette et Pierre.

Babette venait de déclarer quelques temps plus tôt un alzheimer et avec son époux, ils avaient mis en place peu à peu des solutions pour parer à sa mémoire défaillante. Mais jamais ils n’envisagèrent de vendre la maison et c’est ce qui causa leur perte. Un jour que Pierre avait dû s’absenter pour une course urgente, il oublia de verrouiller la baie vitrée donnant accès à la terrasse. Lorsqu’il rentra une heure plus tard, le drame s’était produit. Il trouva sa femme flottant au bord de la rive, morte noyée. Il ne sut jamais ce qu’il s’était réellement passé, elle avait probablement été prise de panique lors d’une perte de mémoire et avait glissé dans le petit escalier de bois menant à la berge. Pierre ne se remit jamais de cette tragédie. Il mourut quelques années plus tard d’une crise cardiaque tandis qu’il péchait sur le lac qui lui avait ôté la vie de sa femme, habillé de son imperméable, de ses grandes bottes et de son chapeau de feutre vert. Léonie m’expliqua que le pauvre homme se sentait responsable de cet accident, qu’il n’aurait jamais dû laisser sa femme seule et elle me certifia avoir déjà vu son fantôme errer près de la rive. Selon elle, la solution était effectivement de faire venir un professionnel pour chasser à tout jamais ce revenant et elle m’indiqua une personne qui pourrait me donner une bonne adresse. J’appris également que la maison était restée inhabitée quelques années avant d’être rachetée pour les propriétaires auprès de qui nous l’avions acquise. Ces derniers avaient cherché à vendre dès les premières manifestations paranormales. Elle termina en me serrant dans ses bras et en me disant que tout finirait par rentrer dans l’ordre.

Je rentrais chez moi très bouleversée par ses propos et j’expliquais tout à Samuel qui hésitait entre douter de Léonie ou croire en son récit. Nous laissâmes encore passer quelques jours avant de nous décider à chercher de l’aide auprès d’un chasseur de fantômes. Il arriva par une matinée de fin d’automne ensoleillée et nous fûmes surprit de voir que malgré son nom à consonance occidentale, il s’agissait en fait d’un chamane amérindien à la chevelure noir de jais et au nez busqué. Il nous demanda de le laisser seul puis il fit brûler de la sauge séchée et procéda à des incantations tandis que nous partîmes nous promener afin de nous changer les idées. A la fin de cette étrange séance, le chamane nous assura que le travail était terminé et que l’esprit avait désormais quitté les lieux. Nous le remerciâmes chaleureusement pour son aide et nous sentîmes soulagés de cette intervention. Toutefois, les premiers jours, nous étions attentifs à tous phénomènes inhabituels. Mais plus rien ne vint pertuber la quiétude de notre maison sur le lac et peu à peu, nous oubliâmes cet épisode déconcertant. La vie reprit son cours et je me rendis régulièrement chez Léonie pour prendre un thé ou demander quelques boutures.

Aux beaux jours, je revins m’installer avec plaisir sur ma terrasse avec ma tasse de café fumante et je contemplais le lac dont rien ne venait troubler le calme. La belle saison s’écoula paisiblement apportant les joies de la baignade et des repas pris à la lueur des étoiles et des chants de grillons, toute la famille ayant retrouvé le chemin de la maison. Lorsque l’été toucha à sa fin, chacun repartit vers sa vie citadine tandis que Samuel et moi retrouvions un calme appréciable. Je prenais le temps de m’allonger sur un transat certains après-midis pour lire un moment alors que les prémices de l’automne s’annonçaient. Un jour que je levais les yeux de mon bouquin pour faire une pause dans un chapitre haletant afin de scruter le lac, je le vis à nouveau, l’homme au feutre vert, il m’observait d’un air malveillant…

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The end…

 

« L’homme au feutre vert »

Avant-propos : Pour cette semaine, je vous avais promis un moment d’évasion, un temps en dehors de l’actualité et de nos tissus et bobines.

Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours aimé écrire et j’ai parfois tenté d’envoyer des nouvelles chez des éditeurs, sans succès. J’ai composé ce texte-ci, l’an dernier,  afin de participer aux concours de nouvelles de mon centre de formation par correspondance en journalisme (le CNFDI). Il n’a pas gagné le prix convoité mais je me suis beaucoup amusée en l’écrivant. Le thème était libre, le seul impératif étant de commencer par ces mots là : » A cet instant, je sus que cette journée ne serait plus jamais comme les autres… ». Et vous, qu’auriez vous imaginé comme thème avec cette simple phrasee serai curieuse de connaître vos idées respectives en commentaire.

Je tiens à remercier mes amies et correctrices d’un jour : Marie Drevet, Corinne Arribat ainsi que ma maman, Michèle Mondet.

Bonne lecture !

L’homme au

feutre vert

A cet instant, je sus que cette journée ne serait plus jamais comme les autres. Rien ne me parut suspect pourtant. Comme d’habitude, dès le réveil, je dégustais mon premier café et admirais par la baie vitrée que j’entrouvis légèrement, le lever de soleil. La journée s’annonçait belle, le ciel était clair et la température serait probablement clémente. Ce matin-là je n’avais pas allumé la télé pour laisser tourner les infos en boucle, je préférais profiter de la douceur de l’instant. Tout le monde avait déserté la maison, mon mari était parti en déplacement pour encore quelques jours et notre petite dernière avait rejoint son université et sa résidence étudiante pour plusieurs semaines. Je sortis un instant sur la terrasse en bois qui surplombait le lac avec ma tasse de café fumante et j’admirais l’eau calme et les arbres qui revêtaient peu à peu leur manteau automnal. Rien ne pouvait troubler cet instant de sérénité et un échassier vint se poser sur l’étendue ondoyante.

C’est alors que je l’aperçus pour la première fois, cet homme habillé de vert kaki de la tête au pied : un long imperméable, de grandes bottes et un chapeau de feutre. Il se tenait sur l’autre rive et m’observait avec insistance. Je me sentis mal à l’aise et je remontais le col de mon pull châle tandis qu’une sensation de froid m’envahissait. Pour conjurer ce sentiment, je lui adressai un signe amical de la main, il n’y répondit pas et disparut dans les sous-bois. Je restais interdite quelques secondes puis je rentrais en refermant la porte coulissante derrière moi. Je passais dans la chambre où je fis mon lit bien net avec foison d’oreillers douillets, comme j’aimais le retrouver le soir et je déposais mes vêtements prêts. Je pris une douche brûlante et revint dans la chambre pour m’habiller, enveloppée dans ma serviette de bains. L’épisode de l’inconnu du lac m’était déjà sorti de l’esprit et j’étais à nouveau sereine. En rentrant dans la pièce, je trouvais mes habits en désordre, comme si quelqu’un avait fouillé dans mes affaires. Le sentiment de malaise me reprit, j’avais du mal à analyser ce qu’il se passait et je refusais de laisser s’insinuer en moi les vieilles croyances de ma voisine Léonie que tout le monde pensait pertubée.

Lorsque Samuel et moi avions visité la maison pour la première fois il y a quelques mois, nous avions eu un vrai coup de cœur, lui pour son aspect moderne et moi pour son agencement : une grande pièce à vivre s’ouvrant sur une terrasse en bois dominant le lac si paisible. Malgré l’insistance de l’agent immobilier, nous avons attendu quelques jours avant de signer le compromis. Nous souhaitions d’abord découvrir l’environnement et faire la connaissance des voisins. Nous étions à la recherche d’un lieu calme, sans nuisance sonore et proche de la nature mais avec des commerces à proximité, cependant il s’agissait pour nous d’un second achat et ne voulions pas nous tromper.

La maison voisine la plus près de la nôtre se trouvait à 500 mètres et il s’agissait d’une vieille dame qui ne nous importunerait probablement pas. Nous allâmes à sa rencontre et la trouvâmes accroupie dans son jardin en train de replanter des fleurs et de parler toute seule. Lorsqu’elle nous aperçut, elle se reprit et s’approcha de nous. Elle devait se douter que nous envisagions d’acheter la maison d’à côté et se trouvait prête à répondre à nos questions, questions qu’elle anticipa souvent. Elle ne mit pas longtemps, après avoir vanté la beauté de la bâtisse et la gentillesse des propriétaires actuels, de nous expliquer pourquoi ils souhaitaient vendre rapidement. Elle nous parla des phénomènes curieux qui se produisaient chaque automne, des objets soigneusement rangés et retrouvés à terre quelques instants plus tard, des bruits suspects tels des chuchotements dans la maison silencieuse, des lampes qui se rallumaient comme par enchantement après avoir été éteintes. Samuel et moi échangeâmes un regard discret, il ne faisait aucun doute que cette vieille dame n’avait pas toute sa tête et avait un côté attendrissant. Nous ne la prîmes donc pas au sérieux et après des échanges bienveillants avec elle et un tour de reconnaissance dans le centre-ville quelques kilomètres plus loin, nous décidions d’acheter la maison.

Rien d’anormal ne se passa ensuite et cette histoire ne devint pour nous qu’une hallucination de vieille femme. Mais à présent que je venais de constater le désordre dans mes vêtements, tout me revint en mémoire et je sus à cet instant là que cette journée ne serait plus jamais comme les autres car elle serait empreinte d’une angoisse qui allait faire son chemin dans les heures et les jours qui suivraient. Je partis travailler en fermant à double tour non sans avoir vérifié que toutes les portes et fenêtres étaient verrouillées. En chemin, je me demandai comment aborder le sujet avec Samuel, il penserait probablement que je plaisantais et ne me prendrait pas au sérieux. Il me faudrait attendre une nouvelle manifestation. Prise par mon travail toute la journée, je me concentrais sur mes missions. La soirée fut agréable car Samuel rentra tôt et alluma un feu de cheminée, la fraîcheur du soir tombant peu à peu sur le lac ; puis il nous prépara un bon repas et je jugeai que le moment était mal choisi. L’occasion se présenta quelques jours plus tard et mon mari ne put que se rendre à l’évidence. Nous nous baladions autour du lac lorsque nous aperçûmes l’homme au feutre vert sur une rive, le temps que nous échangions un regard mon époux et moi, l’homme avait disparu. Je sentis Samuel un peu surprit mais il ne dit rien. De retour à la maison, nous trouvâmes toutes les lumières allumées et le son de la radio poussé à fond. Comme nous étions sortis ensemble de chez nous et avait lui-même fermé la porte à clé derrière nous, il ne pût que reconnaître l’existence de phénomènes particuliers que nous n’osions pas encore qualifier de paranormaux. Il ne décrocha plus un mot durant de longues heures et s’enferma dans son mutisme et sa réflexion. Je le laissais tranquille, je savais qu’il reviendrait vers moi pour que nous trouvions une solution ensemble.

Dans les jours qui suivirent, il y eut de nombreuses manifestations : notre vieille collection de 33 tours éparpillée sur l’étagère, la porte du congélateur ouverte, la télé allumée sur une chaîne pour enfants ou encore la chambre de notre fille entièrement chamboulée alors que je l’avais moi-même rangée après son départ. Tous ces événements nous obligèrent à nous rendre à l’évidence et à parler enfin ouvertement de ce qu’il se passait dans notre si belle bâtisse, elle était bel et bien hantée ! Nous commençâmes à nous documenter sur le sujet, le but étant de trouver une solution pour faire partir cet habitant dérangeant. Il nous fallait donc comprendre ce qu’il avait pu se passer dans cette maison puis trouver une personne capable de nous débarrasser de ce fantôme. Il était délicat d’interroger les villageois sur les précédents propriétaires sans attirer l’attention alors que nous aimions tant la discrétion. C’est ainsi que je décidais de retourner voir Léonie pour tenter de saisir les évènements déclencheurs de ces phénomènes déroutants. Comme la première fois, elle était accroupie auprès d’un massif fleuri en train de jardiner. Elle releva la tête en entendant mes pas sur le gravier et ne fut nullement surprise de me voir. Je perçus même un petit sourire narquois passer furtivement sur son visage tandis que j’engageais la conversation sur un ton badin:

« – Bonjour Léonie, vos dahlias sont superbes pour la saison !

– Ho ! Mais c’est ma nouvelle voisine ! Bonjour ma petite, je vous demande pardon, je ne me  souviens plus de votre prénom, me répondit-elle d’un air interrogatif.

– Je me nomme Rachel.

– Oui en effet, cela me revient à présent. Je m’excuse, parfois ma mémoire me joue de vilains tours. Alors Rachel, êtes-vous bien installée ?

– Eh bien oui…enfin…je veux dire…dans l’ensemble oui…

– Je vois ! Vous m’avez l’air bien hésitante. Il est revenu n’est-ce pas ?

– Qui donc ?

– L’homme au chapeau vert voyons ! » me rétorqua-t’elle. Je restais abasourdie par ses propos. Elle l’avait donc vu elle aussi, je n’étais pas la seule à connaître son existence.

« -Venez prendre un thé Rachel, je pense que nous devons parler vous et moi ». Je compris très vite que Léonie n’était pas une vieille dame qui perdait la tête, elle me parut au contraire très lucide. Mes questions s’enchaînèrent rapidement et elle répondit à chacune d’elles avec précision. C’est ainsi que j’appris le drame qui se déroula, dix ans plus tôt, chez les premiers propriétaires de la maison, une couple d’une soixante d’années à l’époque, Babette et Pierre.

A suivre….
mardi prochain 😉
Natacha Ramora