« The Negro Motorist Green Book »

 

« The flag is bleeding », Quilt de Faith Ringgold, 1967

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Etats-Unis : période de 1876 à 1965, Lois Jim Crow :

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Alabama : « Il est illégal de diriger un restaurant ou autre lieu servant de la nourriture où des personnes blanches et colorées sont servies dans la même pièce à moins que ces personnes ne soient séparées par une cloison pleine ».

Colorado : « Tous les spectacles de cirque et de tente doivent fournir des entrées séparées pour les clients blancs et noirs ». 

Floride : Métissage – « Les mariages avec un nègre, un mûlatre ou toute autre personne avec un huitième de sang nègre seront punis. Sanction : emprisonnement à dix ans ou une amende maximale de 1 000 dollars. »

Louisiane : « Les installations publiques pour adultes,  y compris les restaurants, les hôtels, les boîtes de nuit et les cimetières seront strictement séparées entre race blanche et noire, tout comme les installations publiques pour enfants telles que les parcs d’attraction, les aires de jeux et les écoles. »

Terrifiant n’est-ce pas? Révoltant également! Les adjectifs ne manqueraient pas pour évoquer cette période tristement célèbre des Etats-Unis, une époque où les gens de couleur n’étaient pas  ou peu considérés et bien malmenés. Les noirs n’étaient pas autorisés à fréquenter la plupart des  commerces, hôtels, restaurants et  nombreux autres lieux. Certaines villes pratiquaient même un couvre-feu vis-à-vis d’eux.

Malgré la pauvreté et la discrimination, une classe moyenne commença à émerger. Pour  celle-ci, l’achat d’une voiture permettait de ne pas être victime de ségrégation dans les transports en commun.  Car ces personnes avaient envie de vivre comme tout le monde, bien évidemment! Travailler, danser, se réunir dans un restaurant autour d’un bon repas, aller chez le coiffeur…

Mais comment pouvoir faire ces choses si simples sans se faire rejeter, souvent violemment, par les blancs? Comment vivre une vie normale sans être victime de racisme?

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.Victor Hugo Green a l’idée de concevoir un guide destiné à cette classe sociale émergente qui désire voyager à travers les Etats-Unis pour l’agrément ou professionnellement.

 

Né en 1892, il est postier pour l’United States Postal Service et vit dans le quartier de Harlem, au nord de Manhattan où le mouvement « Renaissance de Harlem » s’exprime dans des arts tels  musique, peinture, littérature, photographie ou encore, le patchwork.

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« Mama Can Sing, Papa Can Blow » , quilt de Faith Ringgold

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Vous pouvez lire ici un article de Katell qui évoque l’oeuvre et les combats de Faith Ringgold,  artiste de Harlem, icône culturelle, auteure, activiste, féministe, possédant une carrière  prolifique et diversifiée.

Pour en revenir au « Negro Motorist Green Book », un tel guide existait déjà pour le public juif, lui aussi victime de discrimination mais parvenant plus aisément à se fondre dans la population blanche. La première édition vit le jour en 1936 et ne couvrait que New York.  Mais très vite, au vu de leur succès, les publications s’étendirent à tous les Etats-Unis ainsi qu’à une partie des Caraïbes, du Mexique et du Canada.

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Le « Green book » de 1956 avec toujours pour devise ceci « Emportez votre Green Book avec vous, vous pourriez en avoir besoin ».

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Une grande majorité des établissements étaient gérés par des Afro-américains, qui, contre paiement, voyaient leur entreprise recommandée par le guide à l’aide d’une petite étoile ou avec leur nom imprimé en gras. Les lecteurs qui partageaient leurs informations à propos des bonnes adresses étaient, quant à eux, récompensés par la somme de 5 dollars (1 dollar avant 1941).

Le Civil Rights Act promulgué en 1964 et interdisant toute discrimination raciale mit fin à la publication de l’ouvrage dès 1966. Malheureusement, Victor Hugo Green,décédé en 1960, ne connut pas la fin de la ségrégation à l’encontre des gens de couleur. Nul doute qu’il aurait été heureux de cette belle avancée, porteuse d’espoir.

 

Toutefois, je crois qu’il ne faut pas perde de vue que partout aux Etats-Unis comme ailleurs, la discrimination continue d’exister et actuellement plus que jamais en cette période de pandémie: envers un voisin atteint du Covid-19 ou  une infirmière à qui l’on envoie une lettre anonyme lui demandant de bien vouloir déménager…..

Restons dans la bienveillance!

 

A mardi prochain pour un article plus léger,

N@tacha Ramora.