Les Lowell Mill Girls, « Rogers Fort Hill Park Historic District » partie 4/4

31 juillet 2019 

Georgia referma le journal de Virginie avec beaucoup de regret. Elle avait profondément aimé se plonger dans cette lecture, tout comme elle avait apprécié les quelques lignes de la tendre Rosalia qui terminait le journal et racontait la fin de vie heureuse de celle qui avait été une seconde maman pour elle, entouré des siens. Georgia était  émue de savoir que cette humble héroïne d’un autre temps avait été distinguée par la municipalité de Lowell pour son dévouement. Elle était sûre désormais d’avoir trouvé le sujet de thèse idéal. Elle voulait relater avec des mots forts le combat de ces courageuses filles du moulin dans leur dur labeur, qu’elles soient du Massachusetts, d’Irlande ou encore du Canada, pour celles qui arrivèrent après la guerre de Sécession. 

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Rogers Fort Hill Park Historic District , source : Original Vintage Postcard

Mais elle avait aussi été agréablement surprise de l’invitation à déjeuner de Cassie, la bibliothécaire, le jour même lorsqu’elle lui avait expliqué combien ce journal intime l’avait inspirée pour le travail de  recherches qu’elle projetait. Elle était très excitée de s’y rendre, presque comme si elle avait rendez-vous avec son destin. Curieuse de cette invitation peu courante, elle avait hâte de comprendre pourquoi Cassie faisait tant de mystères. Georgia prit donc  le gâteau crémeux acheté au supermarché du coin de sa rue puis elle se mit en route pour se rendre à l’adresse indiquée, dans le quartier historique de Rogers Fort Hill Park Historic District. Elle s’attendait à trouver le logement humble d’une bibliothécaire, pourtant c’est dans une belle maison du 19ème siècle  avec jardin que l’accueillit celle-ci. Elle lui proposa de prendre un rafraîchissement sous la tonnelle de chèvrefeuille et elles échangèrent quelques banalités sur la vie et les habitants de Lowell tandis que Kévin, le mari de la jeune femme, se joignait à elles.  Georgia était un peu sur la réserve car elle avait du mal à comprendre ce qui se cachait derrière cette invitation et elle avait le sentiment que l’on attendait quelque chose d’elle. Cassie se leva, réajusta ses lunettes à montures épaisses qui cachaient un léger strabisme divergent et proposa de lui faire visiter la maison. Les vastes pièces et les beaux meubles se succédaient les uns aux autres et Georgia se demandait quel poste pouvait bien occuper Kévin pour qu’ils possèdent une si belle demeure ancienne. Peut-être était-ce un héritage après tout? Les deux femmes pénétrèrent dans une grande bibliothèque  où trônaient des fauteuils clubs confortables et un bureau recouvert de cuir sur lequel était posé une lampe verte de laiton et d’opaline.  Il y avait sur le mur de nombreuses photos anciennes et des daguerréotypes dont certains attirèrent l’attention de Georgia : les usines de Lowell, les filles du moulin en grève, une famille avec deux jeunes enfants. Sur ce portrait de famille figurait un homme brun aux lunettes à monture épaisses derrières lesquelles il y avait un regard bienveillant atteint d’un strabisme divergent assez prononcé. Juste à côté de cette photographie, un autre portrait avec les deux mêmes bambins. Le garçon portait un costume d’enfant bien ajusté et tenait la main d’une femme au visage doux  portant dans ses bras une petite fille aux boucles blondes. Georgia regarda Cassie, qui souriait radieusement, d’un oeil interrogateur :

« – Cassie? Est-ce que …?

– Oui Georgia, je vous présente mes aïeux! Voici Susan et Max Wooldrof et leurs enfants John et Rosalia et sur ce portrait-ci, Virginie avec les petits. Ils ont tous vécu ici car la maison familiale a été transmise de génération en génération. Il était important pour moi de continuer à faire vivre cet héritage culturel et à faire connaître le combat des filles du moulin que mes aïeules ont vécu. C’est la raison pour laquelle j’ai su que vous adoreriez le journal de Virginie dont j’ai l’exemplaire original ici, précieusement conservé. En élevant John et Rosalia, cette femme a été le pilier de notre famille. Sachez donc que si vous choisissez de travailler sur les Lowell Mill Girls, notre bibliothèque est à votre disposition pour étoffer vos recherches  car nous avons conservé beaucoup d’ archives  de cette époque. Vous pouvez venir aussi souvent que vous le souhaitez, il y a une entrée indépendante, je vous laisserai les clés.

– Je ne sais pas quoi dire Cassie! Je suis tellement  touchée par votre proposition.

– C’est moi qui suis touchée de votre intérêt Georgia. »

Et c’est ainsi que durant de nombreux mois, la petite lampe verte de laiton et d’opaline brilla jusque tard dans la nuit.

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Cambridge, université de Harvard, octobre 2028

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Georgia monta prestement sur l’estrade de l’amphi, saisit une craie blanche et inscrivit sur le tableau noir « Les Lowell Mill Girls » puis elle se retourna et fit face à ses étudiants avec un  sourire déterminé. .

Natacha Ramora

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Pour plus de confort de lecture, si vous souhaitez relire la nouvelle en intégralité, veuillez suivre ce lien :

https://chroniquepatchwork.com/2018/04/08/les-lowell-mill-girls-lintegrale/

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Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter de bonnes vacances et un bel été à toutes et tous! Prenez soin de vous et profitez des jolis moments estivaux. Pour ma part, je pars à la conquête des beaux villages du Lubéron sur les sentiers du GR 97 : Lourmarin, Roussillon, Rustrel, Oppedette….. Sous le soleil et accompagnée des cigales, l’aventure promet d’être sympathique! Et bien sûr, je vous prépare de beaux reportages à mon retour, comme si vous m’accompagniez un peu sur le chemin.

A très vite donc, je serai de retour le 15 septembre.

Natacha

Les Lowell Mill Girls, le vieux journal, partie 3/4

« Cher journal,                                                                                                                                4 mai 1855

Je viens de te retrouver dans un vieux coffre poussiéreux au fin fond du grenier. J’ai dû t’enfermer dans cette malle lors de mon emménagement chez Max Wolldrof après son décès et ne plus avoir de temps pour poursuivre cette correspondance avec moi-même.

Tant de choses ont changées depuis la dernière fois que j’ai couché mes sentiments sur le papier, je me rends compte à quel point je manquais d’assurance. Mais finalement, je suis assez fière de tout ce que j’ai accompli.

J’ai pris grand soin de John et Rosalia puisque Max m’a nommée tutrice, comme il l’avait prévu. Ce seront bientôt tous deux des adultes. John espère faire de la politique et il très engagé auprès des démocrates. C’est un garçon qui a beaucoup de caractère et qui est très enjoué. Il a toujours su se faire des amis partout où il se rendait. Rosalia, quand à elle, est beaucoup plus timide et secrète mais elle a hérité de la beauté de sa mère, ma tendre amie Susan. Je pense qu’elle trouvera facilement un bon mari. Je me suis évertuée à lui donner une bonne éducation, c’est donc une jeune fille très instruite et intelligente, ce qui lui servira dans la vie, j’en suis certaine.

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Usines de Lowell , source : maathiildee.com

J’espère vivre encore suffisamment longtemps pour choyer les enfants qu’ils auront. J’ai déjà 63 ans et je me sens un peu usée par le temps qui passe. Il faut reconnaître qu’à l’époque, la vie en usine ne nous a pas épargnées nous toutes et quand j’y songe, je mesure ma chance d’être toujours de ce monde. Quand je suis rentrée au moulin, nous travaillions tous les jours de 5h du matin à 7 h du soir dans un bruit vraiment épouvantable, si bien qu’aujourd’hui j’entends très mal et peine à tenir une conversation dans un lieu très animé. Et que dire des fenêtres de l’atelier fermées, y compris en été, pour maintenir les conditions optimales du travail du fil tandis que l’ air était rempli de particules? Comment ne pas comprendre les grèves et mouvements sociaux faisant entendre la voix des femmes porté par mon ami Sarah Bagley? C’est sous son impulsion qu’a été créé la FLRA* qui a porté leurs revendications devant l’Assemblée du Massachusetts avec une pétition signée par plus de 2 000 d’entre elles afin de réclamer la journée de travail de 10h.

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Les élus de l’Assemblée ont donc fait établir un Comité, présidé par Monsieur William Schouler,  un élu de Lowell,  qui a enquêté auprès des filles du moulin sur leurs conditions de travail. Mais la conclusion a fortement déplu à Sarah et à l’Association. Moi qui la connaissais déjà bien à l’époque, je savais qu’elle n’en resterait pas là. Elle venait régulièrement à la bibliothèque pour se documenter et elle passait de longs moments assise à une table, s’abimant les yeux sur d’énormes livres où des hommes influents avaient couché leurs réflexions idéologiques. Elle venait le soir, après sa journée à l’usine, épuisée mais parvenant à ne pas tomber de sommeil grâce à sa détermination.  Tandis que la bibliothèque avait déjà fermé ses portes, nous restions toutes les deux seules, enfermées dans le bâtiment et je veillais avec elle. C’était ma façon à moi de participer à la lutte, lui donner accès à l’immense savoir contenu dans ces lieux pour qu’elle puisse réfléchir en paix. C’est ainsi que notre amitié est née.

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Massachusetts State House, source : Wikipédia

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Lorsque je voyais qu’elle flanchait un peu, je lui apportais une bonne tasse de thé brûlant, comme elle aimait à le boire, et je réajustais son châle avec tendresse. Elle levait alors les yeux vers moi et j’y voyais la flamme vive des grands hommes mais aussi son amitié pour moi. Elle s’accordait alors une pause et nous parlions un moment des tracas de la vie avant qu’elle ne reprenne sa lecture et le fil de ses pensées.

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Source : zinnedproject.org

Mais, chose incroyable, Le Comité arriva à la conclusion qu’il n’était pas du ressort de l’Assemblée de déterminer la durée du temps de travail. La FLRA critiqua avec force cette décision et mena campagne contre Schouler qui fut démis de ses fonctions. Encouragées et portées par mon amie Sarah, les filles poursuivirent les envois de pétitions. Les auditions auprès du comité législatif devinrent un rendez-vous annuel. Elles n’obtinrent pas la journée de 10 heures, mais  le mouvement de la  FLRA continua de gagner des adhérentes et s’étendit aux villes environnantes. Elle s’affilia avec la New England Workingmen’s Association* , ce qui lui permit de se faire entendre au travers de la Voice of Industry , le journal de l’organisation. En 1847, sous la pression, toujours croissante, le Conseil d’Administration des usines diminua de 30 minutes la durée de la journée de travail. C’était malgré tout une victoire sensationnelle!

Mais que deviendra ce combat? Est-ce que les nouvelles recrues, presque toutes issues de l’immigration irlandaise due à la grande famine, suivront le mouvement? Ce que veulent ces femmes, c’est donner à manger à leurs enfants et cela se comprend vu qu’elles ont fui la grande famine de leur pays…. Est-ce que tout cela sera en vain finalement? Ce serait si triste! »

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à mardi prochain pour la fin des aventures

des Lowell Mill Girls,

Natacha Ramora

 

* FLRA : Female Labour Reform Association

* Association des travailleurs de Nouvelle-Angleterre

Les Lowell Mill Girls, le journal de Virginie, partie 2/4

« Cher journal,                                                                                                                      28 mars 1834

Voilà bien longtemps que je t’ai délaissé. J’avoue que je n’avais ni le temps ni l’envie de coucher sur papier mon quotidien et mes ressentis. Mais il y a du nouveau à l’usine, on dirait qu’un vent de rébellion souffle sur les allées et la colère gronde parmi de nombreuses filles du moulin. Les associés de la Boston Manufacturing Compagny ont décidé de réduire nos salaires de 15%. Autant dire que cela ne réjouit aucune d’entre nous mais plutôt que de se résigner, la plupart des ouvrières ont lancé une grève et retiré leurs économies des 2 banques locales. Malheureusement, elles n’ont pas obtenu gain de cause et certaines ont quitté la ville. De mon côté, je ne sais trop que penser de tout cela. Bien sûr, je suis furieuse de voir mon salaire réduit, mais je préfère rester discrète car j’ai peur de perdre mon travail. Maman est malade et nous avons été obligés de vendre la ferme et de payer quelqu’un pour s’occuper d’elle tous les jours. Même si je pense que les filles ont raison d’exprimer leur mécontentement sur leur baisse de salaire, je crois que la vraie responsable est la situation économique de notre pays. »

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Protestation des Lowell Mill girls contre la baisse des salaires, source milltimes.weekly.com

 

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« Cher journal,                                                                                                           25 novembre 1836

Notre pays est toujours en récession et ici les choses tournent mal. Les filles sont en colère, une fois de plus et maintenant que j’ai pris un poste de matrone dans les dortoirs, j’entends tout ce qu’elles fomentent. Je laisse faire car je les comprends, je sais le dur labeur auquel elles font face. C’est la seconde augmentation des loyers qui a déclenché tout cela, la première avait été prise en charge par l’usine. Mais cette fois-ci, ce sont les ouvrières qui devront payer de leur poche. Pour se défendre, elles viennent de former la Factory Girls Association et elles sont en train de préparer une grève. Mais obtiendront-elles gain de cause cette fois-ci ? »   

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Source : resourcesforhistoryteachers.com

 

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« Cher journal,                                                                                                                           Décembre 1836

C’est incroyable! Elles ont gagné ! Nous avons gagné! La grève a été suivie par plus de 1 500 ouvrières, ce qui a fortement perturbé la production. Celle qui a pris la parole au début de la grève a su convaincre la population qui nous a soutenues massivement. Il fallait voir cela! Elle est montée sur une pompe et a expliqué, dans un langage élégant qui a stupéfié la foule,  que nous devions résister à toutes tentatives de couper nos salaires. J’ai vu certains habitants de Lowell L’applaudir. La grève a duré plusieurs semaines et le conseil d’administration a finalement cédé, la hausse des loyers a été annulée. Je ne pensais pas voir cela un jour, le monde change, même pour nous, les filles du moulin.

Susan a rencontré un veuf durant la grève, Max Wooldrof, un monsieur de plus de 50 ans qui a été très bienveillant avec nous toutes. Depuis, il lui fait la cour et je sens bien que Susan est touchée, même s’il faut avouer qu’il n’est pas très beau. Il louche parfois et ses oreilles sont énormément décollées. Mais il dit avec humour que c’est pour mieux écouter mon amie qui est très bavarde et il est d’une grande élégance malgré tout!  » 

 

 

« Cher journal,                                                                                                                              3 juin 1837

Susan et Max viennent de se marier et j’étais leur demoiselle d’honneur. La fête était simple mais belle. Après la cérémonie, nous avons déjeuné dans un restaurant près de la rivière puis, nous avons dansé jusque tard dans l’après-midi. J’avoue que je suis un peu envieuse de son bonheur, je crains ne jamais pouvoir me marier un jour. Je suis trop timorée, trop transparente et pas suffisamment jolie pour prétendre à ce bonheur là. J’aimerai bien que la vie m’apporte de jolies surprises quelquefois ».

 

 

« Cher journal,                                                                                                                          19 mars 1840

C’est une bien triste nouvelle qui me fait prendre la plume aujourd’hui. Susan, ma tendre amie si chère à mon coeur est morte le 1er janvier emportée par une pneumonie foudroyante. Elle laisse un Max effondré, veuf pour la seconde fois et deux enfants en bas âge, John et Rosalia. J’essaye de le soutenir du mieux que je peux et je prends les enfants lorsque j’ai un congé. Le reste du temps, ils vont chez leur grand-mère Wooldrof,  mais c’est une femme austère et acariâtre. C’est à se demander comment elle a pu enfanter un garçon aussi gentil et serviable que Max. Alors quand je prends John et Rosalia, je les emmène faire de longues balades, j’achète des glaces et des bonbons à John qui revient toujours la bouche barbouillée de sucre et je pousse le landau en fredonnant des chansons qui font gazouiller  Rosalia de joie. C’est un grand bonheur de m’occuper d’eux dès que je le peux.

Max m’inquiète beaucoup car il m’a dit souffrir du coeur et a peur de faire deux orphelins. Comme il a désormais un poste assez important au sein de la mairie de Lowell, il veut que je démissionne de la compagnie pour me faire rentrer à la bibliothèque de la ville. Il veut également me nommer tutrice de ses enfants dans l’éventualité où il lui arriverait quelque chose. Ce serait une bien lourde responsabilité pour moi et un honneur aussi, mais serai-je à la hauteur? Devenir tutrice de deux merveilleux bambins et travailler à la bibliothèque moi qui suis si insignifiante? »

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Old City Hall de Lowell vers 1830, source : Lowell Historic Board

 

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29 juillet 2019

 

Georgia sursauta lorsque la bibliothécaire s’approcha d’elle pour lui annoncer la fermeture du site. Il était déjà 21h et elle n’avait pas vu le temps passer. Il était trop tard pour procéder à une inscription et ainsi emporter le livre avec elle. Elle serait obligée d’attendre demain, après sa journée de travail, pour venir le chercher. Mais elle était heureuse car elle tenait désormais son sujet de thèse, elle voulait approfondir le combat mené par ses femmes et le journal de Virginie était une bonne introduction pour mieux comprendre le ressenti des ouvrières. Elle quittait le bâtiment le coeur léger tandis que la bibliothécaire, atteinte d’un léger strabisme derrière ses lunettes épaisses, éteignait les dernières lampes.

 

à mardi prochain pour la suite…

Natacha Ramora

 

 

* source de la photo de couverture : Etsy.com : 1820’s -1830’s Lowell Mill Dress Pattern

Les Lowell Mill Girls, partie 1/4

10 août 1817

 

               F.C.Lowell

Francis Cabot Lowell était étendu sur son lit, agonisant. Il savait que dans quelques jours, ou quelques heures peut-être, la vie s’éteindrait en lui. Il trouvait cela particulièrement injuste car il n’avait que 42 ans et encore tant de projets qui n’aboutiraient pas, ou du moins, pas réellement comme il le souhaitait. Comment quitter ce monde sans avoir peur pour le devenir de l’entreprise qu’il avait créée, comment être sûr que ses associés, les Boston Associates, perpétuent leur vision commune de la Boston Manufacturing Compagny?  F.C. Lowell avait tant oeuvré pour améliorer l’industrie textile mais aussi les conditions de ses ouvrières qu’il redoutait de partir si jeune sans avoir eu suffisamment de temps pour savourer le succès de sa conception de l’industrie textile. Il avait mis au point un processus de fabrication efficace qu’il voulait différent de celui de Grande-Bretagne, très dur vis-à-vis du monde ouvrier. Ayant une grande foi dans les habitants de Nouvelle-Angleterre, il avait fait construire un premier moulin à côté de la rivière Charles, à Waltham, dans le Massachusetts, trois ans plus tôt. Le système Waltham-Lowell était révolutionnaire et sans précédent, combinant dans un même lieu la filature et le tissage des textiles, ce qui permettait une réelle efficacité.

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Quant aux Lowell Mill Girls, ses ouvrières,  il avait tenu à les payer en espèces régulièrement toutes les semaines.  Il avait refusé d’embaucher des enfants mais uniquement des jeunes femmes de 15 à 35 ans, célibataires et  logées dans des dortoirs appartenant à l’entreprise. Il se chargeait de leur offrir des opportunités éducatives au travers de cours mais aussi de services religieux. Ces jeunes femmes, également appelées les filles du moulin, étaient encouragées à s’instruire et à poursuivre des activités intellectuelles. Elles avaient accès à des bibliothèques et avaient assisté à des conférences gratuites de Ralph Waldo Emerson*, mais aussi de John Quincy Adams,  6ème président des Etats-Unis, qui promouvait l’éducation. Francis Cabot Lowell, de tout le peu de force qu’il possédait encore, espérait qu’il n’avait pas fait tout cela en vain.

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La Boston Manufacturing Company, vers 1815, Wikipédia

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Lorsque son épouse rentra dans la chambre quelques instants plus tard  et vint caresser sa main, il tourna faiblement son regard vers elle puis poussa un dernier soupir avant de s’éteindre.

 

 

29 juillet 2019

Bibliothèque de Lowell

Georgia parcourait les allées de la bibliothèque de Lowell depuis quelques  minutes, cherchant un livre qui retranscrirait bien la vie des filles du moulin. La bibliothécaire s’approcha d’elle et lui proposa son aide, une aide si précieuse car elle lui mit entre les mains une copie du journal de Virginie Cooper, Lowell Mill Girl née en 1793 et qui avait travaillé durant plusieurs décennies pour la manufacture, d’abord en tant qu’ouvrière puis en tant que surveillante dans les dortoirs. Cette femme avait toujours été appréciée par la direction pour son adaptation et sa diplomatie et elle accepta l’opportunité de rester au sein de la Boston Manufacturing Compagny, après de nombreuses années de travail à l’usine, en tant que matrone désormais.

S’installant dans un fauteuil confortable  près d’une fenêtre pour feuilleter le livre quelques instants, Georgia plongea dans le journal de Virginie sans voir le temps s’égrener rapidement.

 

« Cher journal,                                                                                                                                                            14 décembre 1816

Voilà plus de deux ans que je travaille au moulin et déjà 3 ans que papa est mort. Je suis satisfaite d’avoir trouvé cet emploi car chaque mois, je peux donner un peu d’argent à maman pour que ma soeur et mon frère mangent à leur faim. Je ne crois pas m’être sacrifiée en venant travailler ici. Cela a permis à maman, aidée aux travaux des champs par Lucie et Tom, de garder la ferme après la mort de notre père. Quant à moi, j’ai pu apprendre à lire et à écrire et lorsque j’ai une demi-journée  de repos, je rentre à la ferme pour aider et enseigner l’alphabet et le calcul à toute la famille, même à ma mère, qui s’y entend mieux aujourd’hui pour gérer le budget. Maintenant qu’elle sait compter, maman ne se laisse plus avoir par Mme Harrison quand elle va dans sa boutique pour lui proposer les produits de notre ferme. Ce travail a changé nos vies car sans lui, nous serions certainement tombés dans la misère. Malgré l’aide des voisins, maman n’aurait pas pu tenir très longtemps ainsi. Il faut reconnaître qu’ici, nous sommes mieux payées que dans d’autres usines et quand M. Lowell vient nous inspecter, il est toujours gentil et souriant, un homme bon.

Mon amie de toujours Susan m’a rejointe pour travailler au moulin et je me suis entendue avec mes camarades pour qu’elle soit dans la même chambrée que la mienne. Nous passons de bons moments le soir dans nos dortoirs, d’autant que Susan est une conteuse incroyable. Dès que la matrone a le dos tourné, elle nous raconte des histoires qui nous font frissonner avant de nous endormir et nous cachons nos cris d’épouvante sous nos couvertures pour ne pas nous faire surprendre par la surveillante après 22h. »

« Cher journal,                                                                                                                                      11 août 1817

Notre si bon M.Lowell  est mort d’une pneumonie hier. Nous sommes toutes stupéfaites et inquiètes de notre devenir… »

 

à mardi prochain pour la suite…

Natacha Ramora

                              

 

* Ralph Waldo Emerson : essayiste, philosophe et poète, chef de file du mouvement transcendantaliste  (mouvement littéraire, spirituel, culturel et philosophique qui a émergé aux États-Unis, en Nouvelle-Angleterre, dans la première moitié du XIXe siècle. Une des croyances fondamentales des transcendantalistes était la bonté inhérente des humains et de la nature. Ils croyaient aussi que la société et ses institutions — particulièrement les institutions religieuses et les partis politiques — corrompaient la pureté de l’humain, et qu’une véritable communauté ne pouvait être formée qu’à partir d’individus autonomes et indépendants – source Wikipédia).

 

 

« L’homme au feutre vert » , suite

Je compris très vite que Léonie n’était pas une vieille dame qui perdait la tête, elle me parut au contraire très lucide. Mes questions s’enchaînèrent rapidement et elle répondit à chacune d’elles avec précision. C’est ainsi que j’appris le drame qui se déroula, dix ans plus tôt, chez les premiers propriétaires de la maison, une couple d’une soixante d’années à l’époque, Babette et Pierre.

Babette venait de déclarer quelques temps plus tôt un alzheimer et avec son époux, ils avaient mis en place peu à peu des solutions pour parer à sa mémoire défaillante. Mais jamais ils n’envisagèrent de vendre la maison et c’est ce qui causa leur perte. Un jour que Pierre avait dû s’absenter pour une course urgente, il oublia de verrouiller la baie vitrée donnant accès à la terrasse. Lorsqu’il rentra une heure plus tard, le drame s’était produit. Il trouva sa femme flottant au bord de la rive, morte noyée. Il ne sut jamais ce qu’il s’était réellement passé, elle avait probablement été prise de panique lors d’une perte de mémoire et avait glissé dans le petit escalier de bois menant à la berge. Pierre ne se remit jamais de cette tragédie. Il mourut quelques années plus tard d’une crise cardiaque tandis qu’il péchait sur le lac qui lui avait ôté la vie de sa femme, habillé de son imperméable, de ses grandes bottes et de son chapeau de feutre vert. Léonie m’expliqua que le pauvre homme se sentait responsable de cet accident, qu’il n’aurait jamais dû laisser sa femme seule et elle me certifia avoir déjà vu son fantôme errer près de la rive. Selon elle, la solution était effectivement de faire venir un professionnel pour chasser à tout jamais ce revenant et elle m’indiqua une personne qui pourrait me donner une bonne adresse. J’appris également que la maison était restée inhabitée quelques années avant d’être rachetée pour les propriétaires auprès de qui nous l’avions acquise. Ces derniers avaient cherché à vendre dès les premières manifestations paranormales. Elle termina en me serrant dans ses bras et en me disant que tout finirait par rentrer dans l’ordre.

Je rentrais chez moi très bouleversée par ses propos et j’expliquais tout à Samuel qui hésitait entre douter de Léonie ou croire en son récit. Nous laissâmes encore passer quelques jours avant de nous décider à chercher de l’aide auprès d’un chasseur de fantômes. Il arriva par une matinée de fin d’automne ensoleillée et nous fûmes surprit de voir que malgré son nom à consonance occidentale, il s’agissait en fait d’un chamane amérindien à la chevelure noir de jais et au nez busqué. Il nous demanda de le laisser seul puis il fit brûler de la sauge séchée et procéda à des incantations tandis que nous partîmes nous promener afin de nous changer les idées. A la fin de cette étrange séance, le chamane nous assura que le travail était terminé et que l’esprit avait désormais quitté les lieux. Nous le remerciâmes chaleureusement pour son aide et nous sentîmes soulagés de cette intervention. Toutefois, les premiers jours, nous étions attentifs à tous phénomènes inhabituels. Mais plus rien ne vint pertuber la quiétude de notre maison sur le lac et peu à peu, nous oubliâmes cet épisode déconcertant. La vie reprit son cours et je me rendis régulièrement chez Léonie pour prendre un thé ou demander quelques boutures.

Aux beaux jours, je revins m’installer avec plaisir sur ma terrasse avec ma tasse de café fumante et je contemplais le lac dont rien ne venait troubler le calme. La belle saison s’écoula paisiblement apportant les joies de la baignade et des repas pris à la lueur des étoiles et des chants de grillons, toute la famille ayant retrouvé le chemin de la maison. Lorsque l’été toucha à sa fin, chacun repartit vers sa vie citadine tandis que Samuel et moi retrouvions un calme appréciable. Je prenais le temps de m’allonger sur un transat certains après-midis pour lire un moment alors que les prémices de l’automne s’annonçaient. Un jour que je levais les yeux de mon bouquin pour faire une pause dans un chapitre haletant afin de scruter le lac, je le vis à nouveau, l’homme au feutre vert, il m’observait d’un air malveillant…

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The end…

 

« L’homme au feutre vert »

Avant-propos : Pour cette semaine, je vous avais promis un moment d’évasion, un temps en dehors de l’actualité et de nos tissus et bobines.

Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours aimé écrire et j’ai parfois tenté d’envoyer des nouvelles chez des éditeurs, sans succès. J’ai composé ce texte-ci, l’an dernier,  afin de participer aux concours de nouvelles de mon centre de formation par correspondance en journalisme (le CNFDI). Il n’a pas gagné le prix convoité mais je me suis beaucoup amusée en l’écrivant. Le thème était libre, le seul impératif étant de commencer par ces mots là : » A cet instant, je sus que cette journée ne serait plus jamais comme les autres… ». Et vous, qu’auriez vous imaginé comme thème avec cette simple phrasee serai curieuse de connaître vos idées respectives en commentaire.

Je tiens à remercier mes amies et correctrices d’un jour : Marie Drevet, Corinne Arribat ainsi que ma maman, Michèle Mondet.

Bonne lecture !

L’homme au

feutre vert

A cet instant, je sus que cette journée ne serait plus jamais comme les autres. Rien ne me parut suspect pourtant. Comme d’habitude, dès le réveil, je dégustais mon premier café et admirais par la baie vitrée que j’entrouvis légèrement, le lever de soleil. La journée s’annonçait belle, le ciel était clair et la température serait probablement clémente. Ce matin-là je n’avais pas allumé la télé pour laisser tourner les infos en boucle, je préférais profiter de la douceur de l’instant. Tout le monde avait déserté la maison, mon mari était parti en déplacement pour encore quelques jours et notre petite dernière avait rejoint son université et sa résidence étudiante pour plusieurs semaines. Je sortis un instant sur la terrasse en bois qui surplombait le lac avec ma tasse de café fumante et j’admirais l’eau calme et les arbres qui revêtaient peu à peu leur manteau automnal. Rien ne pouvait troubler cet instant de sérénité et un échassier vint se poser sur l’étendue ondoyante.

C’est alors que je l’aperçus pour la première fois, cet homme habillé de vert kaki de la tête au pied : un long imperméable, de grandes bottes et un chapeau de feutre. Il se tenait sur l’autre rive et m’observait avec insistance. Je me sentis mal à l’aise et je remontais le col de mon pull châle tandis qu’une sensation de froid m’envahissait. Pour conjurer ce sentiment, je lui adressai un signe amical de la main, il n’y répondit pas et disparut dans les sous-bois. Je restais interdite quelques secondes puis je rentrais en refermant la porte coulissante derrière moi. Je passais dans la chambre où je fis mon lit bien net avec foison d’oreillers douillets, comme j’aimais le retrouver le soir et je déposais mes vêtements prêts. Je pris une douche brûlante et revint dans la chambre pour m’habiller, enveloppée dans ma serviette de bains. L’épisode de l’inconnu du lac m’était déjà sorti de l’esprit et j’étais à nouveau sereine. En rentrant dans la pièce, je trouvais mes habits en désordre, comme si quelqu’un avait fouillé dans mes affaires. Le sentiment de malaise me reprit, j’avais du mal à analyser ce qu’il se passait et je refusais de laisser s’insinuer en moi les vieilles croyances de ma voisine Léonie que tout le monde pensait pertubée.

Lorsque Samuel et moi avions visité la maison pour la première fois il y a quelques mois, nous avions eu un vrai coup de cœur, lui pour son aspect moderne et moi pour son agencement : une grande pièce à vivre s’ouvrant sur une terrasse en bois dominant le lac si paisible. Malgré l’insistance de l’agent immobilier, nous avons attendu quelques jours avant de signer le compromis. Nous souhaitions d’abord découvrir l’environnement et faire la connaissance des voisins. Nous étions à la recherche d’un lieu calme, sans nuisance sonore et proche de la nature mais avec des commerces à proximité, cependant il s’agissait pour nous d’un second achat et ne voulions pas nous tromper.

La maison voisine la plus près de la nôtre se trouvait à 500 mètres et il s’agissait d’une vieille dame qui ne nous importunerait probablement pas. Nous allâmes à sa rencontre et la trouvâmes accroupie dans son jardin en train de replanter des fleurs et de parler toute seule. Lorsqu’elle nous aperçut, elle se reprit et s’approcha de nous. Elle devait se douter que nous envisagions d’acheter la maison d’à côté et se trouvait prête à répondre à nos questions, questions qu’elle anticipa souvent. Elle ne mit pas longtemps, après avoir vanté la beauté de la bâtisse et la gentillesse des propriétaires actuels, de nous expliquer pourquoi ils souhaitaient vendre rapidement. Elle nous parla des phénomènes curieux qui se produisaient chaque automne, des objets soigneusement rangés et retrouvés à terre quelques instants plus tard, des bruits suspects tels des chuchotements dans la maison silencieuse, des lampes qui se rallumaient comme par enchantement après avoir été éteintes. Samuel et moi échangeâmes un regard discret, il ne faisait aucun doute que cette vieille dame n’avait pas toute sa tête et avait un côté attendrissant. Nous ne la prîmes donc pas au sérieux et après des échanges bienveillants avec elle et un tour de reconnaissance dans le centre-ville quelques kilomètres plus loin, nous décidions d’acheter la maison.

Rien d’anormal ne se passa ensuite et cette histoire ne devint pour nous qu’une hallucination de vieille femme. Mais à présent que je venais de constater le désordre dans mes vêtements, tout me revint en mémoire et je sus à cet instant là que cette journée ne serait plus jamais comme les autres car elle serait empreinte d’une angoisse qui allait faire son chemin dans les heures et les jours qui suivraient. Je partis travailler en fermant à double tour non sans avoir vérifié que toutes les portes et fenêtres étaient verrouillées. En chemin, je me demandai comment aborder le sujet avec Samuel, il penserait probablement que je plaisantais et ne me prendrait pas au sérieux. Il me faudrait attendre une nouvelle manifestation. Prise par mon travail toute la journée, je me concentrais sur mes missions. La soirée fut agréable car Samuel rentra tôt et alluma un feu de cheminée, la fraîcheur du soir tombant peu à peu sur le lac ; puis il nous prépara un bon repas et je jugeai que le moment était mal choisi. L’occasion se présenta quelques jours plus tard et mon mari ne put que se rendre à l’évidence. Nous nous baladions autour du lac lorsque nous aperçûmes l’homme au feutre vert sur une rive, le temps que nous échangions un regard mon époux et moi, l’homme avait disparu. Je sentis Samuel un peu surprit mais il ne dit rien. De retour à la maison, nous trouvâmes toutes les lumières allumées et le son de la radio poussé à fond. Comme nous étions sortis ensemble de chez nous et avait lui-même fermé la porte à clé derrière nous, il ne pût que reconnaître l’existence de phénomènes particuliers que nous n’osions pas encore qualifier de paranormaux. Il ne décrocha plus un mot durant de longues heures et s’enferma dans son mutisme et sa réflexion. Je le laissais tranquille, je savais qu’il reviendrait vers moi pour que nous trouvions une solution ensemble.

Dans les jours qui suivirent, il y eut de nombreuses manifestations : notre vieille collection de 33 tours éparpillée sur l’étagère, la porte du congélateur ouverte, la télé allumée sur une chaîne pour enfants ou encore la chambre de notre fille entièrement chamboulée alors que je l’avais moi-même rangée après son départ. Tous ces événements nous obligèrent à nous rendre à l’évidence et à parler enfin ouvertement de ce qu’il se passait dans notre si belle bâtisse, elle était bel et bien hantée ! Nous commençâmes à nous documenter sur le sujet, le but étant de trouver une solution pour faire partir cet habitant dérangeant. Il nous fallait donc comprendre ce qu’il avait pu se passer dans cette maison puis trouver une personne capable de nous débarrasser de ce fantôme. Il était délicat d’interroger les villageois sur les précédents propriétaires sans attirer l’attention alors que nous aimions tant la discrétion. C’est ainsi que je décidais de retourner voir Léonie pour tenter de saisir les évènements déclencheurs de ces phénomènes déroutants. Comme la première fois, elle était accroupie auprès d’un massif fleuri en train de jardiner. Elle releva la tête en entendant mes pas sur le gravier et ne fut nullement surprise de me voir. Je perçus même un petit sourire narquois passer furtivement sur son visage tandis que j’engageais la conversation sur un ton badin:

« – Bonjour Léonie, vos dahlias sont superbes pour la saison !

– Ho ! Mais c’est ma nouvelle voisine ! Bonjour ma petite, je vous demande pardon, je ne me  souviens plus de votre prénom, me répondit-elle d’un air interrogatif.

– Je me nomme Rachel.

– Oui en effet, cela me revient à présent. Je m’excuse, parfois ma mémoire me joue de vilains tours. Alors Rachel, êtes-vous bien installée ?

– Eh bien oui…enfin…je veux dire…dans l’ensemble oui…

– Je vois ! Vous m’avez l’air bien hésitante. Il est revenu n’est-ce pas ?

– Qui donc ?

– L’homme au chapeau vert voyons ! » me rétorqua-t’elle. Je restais abasourdie par ses propos. Elle l’avait donc vu elle aussi, je n’étais pas la seule à connaître son existence.

« -Venez prendre un thé Rachel, je pense que nous devons parler vous et moi ». Je compris très vite que Léonie n’était pas une vieille dame qui perdait la tête, elle me parut au contraire très lucide. Mes questions s’enchaînèrent rapidement et elle répondit à chacune d’elles avec précision. C’est ainsi que j’appris le drame qui se déroula, dix ans plus tôt, chez les premiers propriétaires de la maison, une couple d’une soixante d’années à l’époque, Babette et Pierre.

A suivre….
mardi prochain 😉
Natacha Ramora

 

 

Les Lowell Mill Girls, l’intégrale

10 août 1817

 

               F.C.Lowell

Francis Cabot Lowell était étendu sur son lit, agonisant. Il savait que dans quelques jours, ou quelques heures peut-être, la vie s’éteindrait en lui. Il trouvait cela particulièrement injuste car il n’avait que 42 ans et encore tant de projets qui n’aboutiraient pas, ou du moins, pas réellement comme il le souhaitait. Comment quitter ce monde sans avoir peur pour le devenir de l’entreprise qu’il avait créée, comment être sûr que ses associés, les Boston Associates, perpétuent leur vision commune de la Boston Manufacturing Compagny?  F.C. Lowell avait tant oeuvré pour améliorer l’industrie textile mais aussi les conditions de ses ouvrières qu’il redoutait de partir si jeune sans avoir eu suffisamment de temps pour savourer le succès de sa conception de l’industrie textile. Il avait mis au point un processus de fabrication efficace qu’il voulait différent de celui de Grande-Bretagne, très dur vis-à-vis du monde ouvrier. Ayant une grande foi dans les habitants de Nouvelle-Angleterre, il avait fait construire un premier moulin à côté de la rivière Charles, à Waltham, dans le Massachusetts, trois ans plus tôt. Le système Waltham-Lowell était révolutionnaire et sans précédent, combinant dans un même lieu la filature et le tissage des textiles, ce qui permettait une réelle efficacité.

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Quant aux Lowell Mill Girls, ses ouvrières,  il avait tenu à les payer en espèces régulièrement toutes les semaines.  Il avait refusé d’embaucher des enfants mais uniquement des jeunes femmes de 15 à 35 ans, célibataires et  logées dans des dortoirs appartenant à l’entreprise. Il se chargeait de leur offrir des opportunités éducatives au travers de cours mais aussi de services religieux. Ces jeunes femmes, également appelées les filles du moulin, étaient encouragées à s’instruire et à poursuivre des activités intellectuelles. Elles avaient accès à des bibliothèques et avaient assisté à des conférences gratuites de Ralph Waldo Emerson*, mais aussi de John Quincy Adams,  6ème président des Etats-Unis, qui promouvait l’éducation. Francis Cabot Lowell, de tout le peu de force qu’il possédait encore, espérait qu’il n’avait pas fait tout cela en vain.

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La Boston Manufacturing Company, vers 1815, Wikipédia

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Lorsque son épouse rentra dans la chambre quelques instants plus tard  et vint caresser sa main, il tourna faiblement son regard vers elle puis poussa un dernier soupir avant de s’éteindre.

   

29 juillet 2019

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Bibliothèque de Lowell

Georgia parcourait les allées de la bibliothèque de Lowell depuis quelques  minutes, cherchant un livre qui retranscrirait bien la vie des filles du moulin. La bibliothécaire s’approcha d’elle et lui proposa son aide, une aide si précieuse car elle lui mit entre les mains une copie du journal de Virginie Cooper, Lowell Mill Girl née en 1793 et qui avait travaillé durant plusieurs décennies pour la manufacture, d’abord en tant qu’ouvrière puis en tant que surveillante dans les dortoirs. Cette femme avait toujours été appréciée par la direction pour son adaptation et sa diplomatie et elle accepta l’opportunité de rester au sein de la Boston Manufacturing Compagny, après de nombreuses années de travail à l’usine, en tant que matrone désormais. S’installant dans un fauteuil confortable  près d’une fenêtre pour feuilleter le livre quelques instants, Georgia plongea dans le journal de Virginie sans voir le temps s’égrener rapidement.  

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« Cher journal,                                                                                                                                                                  14 décembre 1816

Voilà plus de deux ans que je travaille au moulin et déjà 3 ans que papa est mort. Je suis satisfaite d’avoir trouvé cet emploi car chaque mois, je peux donner un peu d’argent à maman pour que ma soeur et mon frère mangent à leur faim. Je ne crois pas m’être sacrifiée en venant travailler ici. Cela a permis à maman, aidée aux travaux des champs par Lucie et Tom, de garder la ferme après la mort de notre père. Quant à moi, j’ai pu apprendre à lire et à écrire et lorsque j’ai une demi-journée  de repos, je rentre à la ferme pour aider et enseigner l’alphabet et le calcul à toute la famille, même à ma mère, qui s’y entend mieux aujourd’hui pour gérer le budget. Maintenant qu’elle sait compter, maman ne se laisse plus avoir par Mme Harrison quand elle va dans sa boutique pour lui proposer les produits de notre ferme. Ce travail a changé nos vies car sans lui, nous serions certainement tombés dans la misère. Malgré l’aide des voisins, maman n’aurait pas pu tenir très longtemps ainsi. Il faut reconnaître qu’ici, nous sommes mieux payées que dans d’autres usines et quand M. Lowell vient nous inspecter, il est toujours gentil et souriant, un homme bon. Mon amie de toujours Susan m’a rejointe pour travailler au moulin et je me suis entendue avec mes camarades pour qu’elle soit dans la même chambrée que la mienne. Nous passons de bons moments le soir dans nos dortoirs, d’autant que Susan est une conteuse incroyable. Dès que la matrone a le dos tourné, elle nous raconte des histoires qui nous font frissonner avant de nous endormir et nous cachons nos cris d’épouvante sous nos couvertures pour ne pas nous faire surprendre par la surveillante après 22h. »

« Cher journal,                                                                                                                                      11 août 1817

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Notre si bon M.Lowell  est mort d’une pneumonie hier. Nous sommes toutes stupéfaites et inquiètes de notre devenir… »        

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« Cher journal,                                                                                                                      28 mars 1834

Voilà bien longtemps que je t’ai délaissé. J’avoue que je n’avais ni le temps ni l’envie de coucher sur papier mon quotidien et mes ressentis. Mais il y a du nouveau à l’usine, on dirait qu’un vent de rébellion souffle sur les allées et la colère gronde parmi de nombreuses filles du moulin. Les associés de la Boston Manufacturing Compagny ont décidé de réduire nos salaires de 15%. Autant dire que cela ne réjouit aucune d’entre nous mais plutôt que de se résigner, la plupart des ouvrières ont lancé une grève et retiré leurs économies des 2 banques locales. Malheureusement, elles n’ont pas obtenu gain de cause et certaines ont quitté la ville. De mon côté, je ne sais trop que penser de tout cela. Bien sûr, je suis furieuse de voir mon salaire réduit, mais je préfère rester discrète car j’ai peur de perdre mon travail. Maman est malade et nous avons été obligés de vendre la ferme et de payer quelqu’un pour s’occuper d’elle tous les jours. Même si je pense que les filles ont raison d’exprimer leur mécontentement sur leur baisse de salaire, je crois que la vraie responsable est la situation économique de notre pays. »

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Protestation des Lowell Mill girls contre la baisse des salaires, source milltimes.weekly.com

 

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« Cher journal,                                                                                                           25 novembre 1836

Notre pays est toujours en récession et ici les choses tournent mal. Les filles sont en colère, une fois de plus et maintenant que j’ai pris un poste de matrone dans lesisse faire car je les comprends, je sais le dur labeur auquel elles font face. C’est la seconde augmentation des loyers qui a déclenché tout cela, la première avait été prise en charge par l’usine. Mais cette fois-ci, ce sont les ouvrières qui devront payer de leur poche. Pour se défendre, elles viennent de former la Factory Girls Association et elles sont en train de  préparer une grève. Mais obtiendront-elles gain de cause cette fois-ci ? »

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Source : resourcesforhistoryteachers.com

 

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« Cher journal,                                                                                                                           Décembre 1836

C’est incroyable! Elles ont gagné ! Nous avons gagné! La grève a été suivie par plus de 1 500 ouvrières, ce qui a fortement perturbé la production. Celle qui a pris la parole au début de la grève a su convaincre la population qui nous a soutenues massivement. Il fallait voir cela! Elle est montée sur une pompe et a expliqué, dans un langage élégant qui a stupéfié la foule,  que nous devions résister à toutes tentatives de couper nos salaires. J’ai vu certains habitants de Lowell L’applaudir. La grève a duré plusieurs semaines et le conseil d’administration a finalement cédé, la hausse des loyers a été annulée. Je ne pensais pas voir cela un jour, le monde change, même pour nous, les filles du moulin.

Susan a rencontré un veuf durant la grève, Max Wooldrof, un monsieur de plus de 50 ans qui a été très bienveillant avec nous toutes. Depuis, il lui fait la cour et je sens bien que Susan est touchée, même s’il faut avouer qu’il n’est pas très beau. Il louche parfois et ses oreilles sont énormément décollées. Mais il dit avec humour que c’est pour mieux écouter mon amie qui est très bavarde et il est d’une grande élégance malgré tout!  » 

 

 

« Cher journal,                                                                                                                              3 juin 1837

Susan et Max viennent de se marier et j’étais leur demoiselle d’honneur. La fête était simple mais belle. Après la cérémonie, nous avons déjeuné dans un restaurant près de la rivière puis, nous avons dansé jusque tard dans l’après-midi. J’avoue que je suis un peu envieuse de son bonheur, je crains ne jamais pouvoir me marier un jour. Je suis trop timorée, trop transparente et pas suffisamment jolie pour prétendre à ce bonheur là. J’aimerai bien que la vie m’apporte de jolies surprises quelquefois ».

 

 

« Cher journal,                                                                                                                          19 mars 1840

C’est une bien triste nouvelle qui me fait prendre la plume aujourd’hui. Susan, ma tendre amie si chère à mon coeur est morte le 1er janvier emportée par une pneumonie foudroyante. Elle laisse un Max effondré, veuf pour la seconde fois et deux enfants en bas âge, John et Rosalia. J’essaye de le soutenir du mieux que je peux et je prends les enfants lorsque j’ai un congé. Le reste du temps, ils vont chez leur grand-mère Wooldrof,  mais c’est une femme austère et acariâtre. C’est à se demander comment elle a pu enfanter un garçon aussi gentil et serviable que Max. Alors quand je prends John et Rosalia, je les emmène faire de longues balades, j’achète des glaces et des bonbons à John qui revient toujours la bouche barbouillée de sucre et je pousse le landau en fredonnant des chansons qui font gazouiller  Rosalia de joie. C’est un grand bonheur de m’occuper d’eux dès que je le peux.

Max m’inquiète beaucoup car il m’a dit souffrir du coeur et a peur de faire deux orphelins. Comme il a désormais un poste assez important au sein de la mairie de Lowell, il veut que je démissionne de la compagnie pour me faire rentrer à la bibliothèque de la ville. Il veut également me nommer tutrice de ses enfants dans l’éventualité où il lui arriverait quelque chose. Ce serait une bien lourde responsabilité pour moi et un honneur aussi, mais serai-je à la hauteur? Devenir tutrice de deux merveilleux bambins et travailler à la bibliothèque moi qui suis si insignifiante? »

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Old City Hall de Lowell vers 1830, source : Lowell Historic Board

 

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29 juillet 2019

 

Georgia sursauta lorsque la bibliothécaire s’approcha d’elle pour lui annoncer la fermeture du site. Il était déjà 21h et elle n’avait pas vu le temps passer. Il était trop tard pour procéder à une inscription et ainsi emporter le livre avec elle. Elle serait obligée d’attendre demain, après sa journée de travail, pour venir le chercher. Mais elle était heureuse car elle tenait désormais son sujet de thèse, elle voulait approfondir le combat mené par ses femmes et le journal de Virginie était une bonne introduction pour mieux comprendre le ressenti des ouvrières. Elle quittait le bâtiment le coeur léger tandis que la bibliothécaire, atteinte d’un léger strabisme derrière ses lunettes épaisses, éteignait les dernières lampes.

 

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« Cher journal,                                                                                                                                4 mai 1855

Je viens de te retrouver dans un vieux coffre poussiéreux au fin fond du grenier. J’ai dû t’enfermer dans cette malle lors de mon emménagement chez Max Wolldrof après son décès et ne plus avoir de temps pour poursuivre cette correspondance avec moi-même.

Tant de choses ont changées depuis la dernière fois que j’ai couché mes sentiments sur le papier, je me rends compte à quel point je manquais d’assurance. Mais finalement, je suis assez fière de tout ce que j’ai accompli.

J’ai pris grand soin de John et Rosalia puisque Max m’a nommée tutrice, comme il l’avait prévu. Ce seront bientôt tous deux des adultes. John espère faire de la politique et il très engagé auprès des démocrates. C’est un garçon qui a beaucoup de caractère et qui est très enjoué. Il a toujours su se faire des amis partout où il se rendait. Rosalia, quand à elle, est beaucoup plus timide et secrète mais elle a hérité de la beauté de sa mère, ma tendre amie Susan. Je pense qu’elle trouvera facilement un bon mari. Je me suis évertuée à lui donner une bonne éducation, c’est donc une jeune fille très instruite et intelligente, ce qui lui servira dans la vie, j’en suis certaine.

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Usines de Lowell , source : maathiildee.com

J’espère vivre encore suffisamment longtemps pour choyer les enfants qu’ils auront. J’ai déjà 63 ans et je me sens un peu usée par le temps qui passe. Il faut reconnaître qu’à l’époque, la vie en usine ne nous a pas épargnées nous toutes et quand j’y songe, je mesure ma chance d’être toujours de ce monde. Quand je suis rentrée au moulin, nous travaillions tous les jours de 5h du matin à 7 h du soir dans un bruit vraiment épouvantable, si bien qu’aujourd’hui j’entends très mal et peine à tenir une conversation dans un lieu très animé. Et que dire des fenêtres de l’atelier fermées, y compris en été, pour maintenir les conditions optimales du travail du fil tandis que l’ air était rempli de particules? Comment ne pas comprendre les grèves et mouvements sociaux faisant entendre la voix des femmes porté par mon ami Sarah Bagley? C’est sous son impulsion qu’a été créé la FLRA* qui a porté leurs revendications devant l’Assemblée du Massachusetts avec une pétition signée par plus de 2 000 d’entre elles afin de réclamer la journée de travail de 10h.

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Les élus de l’Assemblée ont donc fait établir un Comité, présidé par Monsieur William Schouler,  un élu de Lowell,  qui a enquêté auprès des filles du moulin sur leurs conditions de travail. Mais la conclusion a fortement déplu à Sarah et à l’Association. Moi qui la connaissais déjà bien à l’époque, je savais qu’elle n’en resterait pas là. Elle venait régulièrement à la bibliothèque pour se documenter et elle passait de longs moments assise à une table, s’abimant les yeux sur d’énormes livres où des hommes influents avaient couché leurs réflexions idéologiques. Elle venait le soir, après sa journée à l’usine, épuisée mais parvenant à ne pas tomber de sommeil grâce à sa détermination.  Tandis que la bibliothèque avait déjà fermé ses portes, nous restions toutes les deux seules, enfermées dans le bâtiment et je veillais avec elle. C’était ma façon à moi de participer à la lutte, lui donner accès à l’immense savoir contenu dans ces lieux pour qu’elle puisse réfléchir en paix. C’est ainsi que notre amitié est née.

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Massachusetts State House, source : Wikipédia

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Lorsque je voyais qu’elle flanchait un peu, je lui apportais une bonne tasse de thé brûlant, comme elle aimait à le boire, et je réajustais son châle avec tendresse. Elle levait alors les yeux vers moi et j’y voyais la flamme vive des grands hommes mais aussi son amitié pour moi. Elle s’accordait alors une pause et nous parlions un moment des tracas de la vie avant qu’elle ne reprenne sa lecture et le fil de ses pensées.

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Source : zinnedproject.org

Mais, chose incroyable, Le Comité arriva à la conclusion qu’il n’était pas du ressort de l’Assemblée de déterminer la durée du temps de travail. La FLRA critiqua avec force cette décision et mena campagne contre Schouler qui fut démis de ses fonctions. Encouragées et portées par mon amie Sarah, les filles poursuivirent les envois de pétitions. Les auditions auprès du comité législatif devinrent un rendez-vous annuel. Elles n’obtinrent pas la journée de 10 heures, mais  le mouvement de la  FLRA continua de gagner des adhérentes et s’étendit aux villes environnantes. Elle s’affilia avec la New England Workingmen’s Association* , ce qui lui permit de se faire entendre au travers de la Voice of Industry , le journal de l’organisation. En 1847, sous la pression, toujours croissante, le Conseil d’Administration des usines diminua de 30 minutes la durée de la journée de travail. C’était malgré tout une victoire sensationnelle!

Mais que deviendra ce combat? Est-ce que les nouvelles recrues, presque toutes issues de l’immigration irlandaise due à la grande famine, suivront le mouvement? Ce que veulent ces femmes, c’est donner à manger à leurs enfants et cela se comprend vu qu’elles ont fui la grande famine de leur pays…. Est-ce que tout cela sera en vain finalement? Ce serait si triste! »

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31 juillet 2019 

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Georgia referma le journal de Virginie avec beaucoup de regret. Elle avait profondément aimé se plonger dans cette lecture, tout comme elle avait apprécié les quelques lignes de la tendre Rosalia qui terminait le journal et racontait la fin de vie heureuse de celle qui avait été une seconde maman pour elle, entouré des siens. Georgia était  émue de savoir que cette humble héroïne d’un autre temps avait été distinguée par la municipalité de Lowell pour son dévouement. Elle était sûre désormais d’avoir trouvé le sujet de thèse idéal. Elle voulait relater avec des mots forts le combat de ces courageuses filles du moulin dans leur dur labeur, qu’elles soient du Massachusetts, d’Irlande ou encore du Canada, pour celles qui arrivèrent après la guerre de Sécession.  .

Rogers Fort Hill Park Historic District , source : Original Vintage Postcard

Mais elle avait aussi été agréablement surprise de l’invitation à déjeuner de Cassie, la bibliothécaire, le jour même lorsqu’elle lui avait expliqué combien ce journal intime l’avait inspirée pour le travail de  recherches qu’elle projetait. Elle était très excitée de s’y rendre, presque comme si elle avait rendez-vous avec son destin. Curieuse de cette invitation peu courante, elle avait hâte de comprendre pourquoi Cassie faisait tant de mystères. Georgia prit donc  le gâteau crémeux acheté au supermarché du coin de sa rue puis elle se mit en route pour se rendre à l’adresse indiquée, dans le quartier historique de Rogers Fort Hill Park Historic District. Elle s’attendait à trouver le logement humble d’une bibliothécaire, mais c’est dans une belle maison du 19ème siècle  avec jardin que l’accueillit celle-ci. Elle lui proposa de prendre un rafraîchissement sous la tonnelle de chèvrefeuille et elles échangèrent quelques banalités sur la vie et les habitants de Lowell tandis que Kévin, le mari de la jeune femme, se joignait à elles.  Georgia était un peu sur la réserve car elle avait du mal à comprendre ce qui se cachait derrière cette invitation et elle avait le sentiment que l’on attendait quelque chose d’elle. Cassie se leva, réajusta ses lunettes à montures épaisses qui cachaient un léger strabisme divergent et proposa de lui faire visiter la maison. Les vastes pièces et les beaux meubles se succédaient les uns aux autres et Georgia se demandait quel poste pouvait bien occuper Kévin pour qu’ils possèdent une si belle demeure ancienne. Peut-être était-ce un héritage après tout? Les deux femmes pénétrèrent dans une grande bibliothèque  où trônaient des fauteuils clubs confortables et un bureau recouvert de cuir sur lequel était posé une lampe verte de laiton et d’opaline.  Il y avait sur le mur de nombreuses photos anciennes et des daguerréotypes dont certains attirèrent l’attention de Georgia : les usines de Lowell, les filles du moulin en grève, une famille avec deux jeunes enfants. Sur ce portrait de famille figurait un homme brun aux lunettes à monture épaisses derrières lesquelles il y avait un regard bienveillant atteint d’un strabisme divergent assez prononcé. Juste à côté de cette photographie, un autre portrait avec les deux mêmes bambins. Le garçon portait un costume d’enfant bien ajusté et tenait la main d’une femme au visage doux  portant dans ses bras une petite fille aux boucles blondes. Georgia regarda Cassie, qui souriait radieusement, d’un oeil interrogateur :

« – Cassie? Est-ce que …?

– Oui Georgia, je vous présente mes aïeux! Voici Susan et Max Wooldrof et leurs enfants John et Rosalia et sur ce portrait-ci, Virginie avec les petits. Ils ont tous vécu ici car la maison familiale a été transmise de génération en génération. Il était important pour moi de continuer à faire vivre cet héritage culturel et à faire connaître le combat des filles du moulin que mes aïeules ont vécu. C’est la raison pour laquelle j’ai su que vous adoreriez le journal de Virginie dont j’ai l’exemplaire original ici, précieusement conservé. En élevant John et Rosalia, cette femme a été le pilier de notre famille. Sachez donc que si vous choisissez de travailler sur les Lowell Mill Girls, notre bibliothèque est à votre disposition pour étoffer vos recherches  car nous avons conservé beaucoup d’ archives  de cette époque. Vous pouvez venir aussi souvent que vous le souhaitez, il y a une entrée indépendante, je vous laisserai les clés.

– Je ne sais pas quoi dire Cassie! Je suis tellement  touchée par votre proposition.

– C’est moi qui suis touchée de votre intérêt Georgia. »

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Et c’est ainsi que durant de nombreux mois, la petite lampe verte de laiton et d’opaline brilla jusque tard dans la nuit.

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Cambridge, université de Harvard, octobre 2028

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Georgia monta prestement sur l’estrade de l’amphi, saisit une craie blanche et inscrivit sur le tableau noir « Les Lowell Mill Girls » puis elle se retourna et fit face à ses étudiants avec un  sourire déterminé. .

Natacha Ramora

 

 

  * Ralph Waldo Emerson : essayiste, philosophe et poète, chef de file du mouvement transcendantaliste  (mouvement littéraire, spirituel, culturel et philosophique qui a émergé aux États-Unis, en Nouvelle-Angleterre, dans la première moitié du XIXe siècle. Une des croyances fondamentales des transcendantalistes était la bonté inhérente des humains et de la nature. Ils croyaient aussi que la société et ses institutions — particulièrement les institutions religieuses et les partis politiques — corrompaient la pureté de l’humain, et qu’une véritable communauté ne pouvait être formée qu’à partir d’individus autonomes et indépendants – source Wikipédia).

* FLRA : Female Labour Reform Association

* Association des travailleurs de Nouvelle-Angleterre

Rencontre avec Françoise Morot-Sir

J’ai publié une nouvelle de Françoise Morot-Sir sur mon blog il y a quelques semaines afin de vous la faire découvrir. Comme promis, je vais aujourd’hui vous présenter cette artiste au grand coeur.

Françoise Morot-Sir2

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Françoise et l’écriture, c’est une histoire d’amour des mots qui s’est inscrit sur la durée car, adolescente, elle écrivait déjà des poèmes. Si, emportée par le tourbillon de la vie, elle a cessé d’écrire quelques années, sa passion créatrice s’est manifestée à nouveau par l’intermédiaire d’une demande qui lui a été faite. En effet, à 40 ans, lorsque ses enfants étaient encore scolarisés, on lui a demandé de bien vouloir animer un atelier conte. Elle s’est d’abord attelée à la tâche avec les contes qui ont bercé notre enfance. Mais lorsqu’elle n’a plus trouvé matière pour des histoires l’inspirant, elle a repris sa plume en retrouvant cette joie d’écrire qui l’habitait adolescente.

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Un-écrivain

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Elle a d’abord travaillé bénévolement dans les écoles pour animer des ateliers contes. Mais des problèmes de santé importants lui ont donné l’envie de s’investir davantage pour transformer  cette passion de l’écriture et de partage en activité professionnelle. Elle a donc créée son association, il y a 10 ans, afin d’avancer plus vite et de faciliter la paperasse administrative car le statut de simple vacataire dans les écoles était un peu complexe à gérer.

Contes, poèmes, slam, haikus et romans policiers, voici la large gamme d’exercices que Françoise propose à ces petits écrivains en herbe. Certains se prennent au jeu malgré eux, tel ce jeune garçon d’une école de quartier classé en ZEP. Au départ, il venait à l’atelier simplement pour « accompagner » son copain et ne voulait écrire qu’avec lui. Françoise lui a fait comprendre qu’il n’avait aucun intérêt à venir pour un autre, qu’il fallait qu’il se lance! Ce jeune homme sportif et un peu caractériel a pris son courage à deux mains pour laisser parler son imagination et il  a  été récompensé en gagnant le concours de « La caravane des 10 mots » avec cette création de mot : « Ailleuheureux » (qui ne peut être heureux qu’ailleurs). Ce concours, organisé par la DRAC, propose  « « d’aller à la pêche au sens des mots au-delà de leur propre définition, afin de montrer la richesse et la diversité que tout être humain porte en lui » à travers un projet aux multiples facettes : artistique, culturel, éducatif, linguistique et social. « 

http://www.caravanedesdixmots.com/accueil/le-monde-en-caravanes/

 

D’autres parmi ces élèves ont été primés et publiés pour ce concours. Puis, avec l’un des ateliers d’une école de La Mulatière, le concours des journaux scolaires a été gagné. Que de belles réussites avec ces jeunes écrivains !

Si Françoise m’avoue qu’elle ne voulait pas rentrer dans l’enseignement, elle reconnaît pourtant qu’elle était faite pour cela. Parallèlement aux ateliers d’écriture, elle s’est aussi occupé de la catéchèse de l’église de La Mulatière, Notre Dame du Roule. Elle avait son propre groupe et était  assistée de Françoise Jacquot, son amie de longue date – qui m’enseigne actuellement le patch machine chez Marie-Sol Gros, au Point de Croix-Rousse. A cette occasion il y a 20 ans, à l’aide de deux autres personnes et du groupe, elles ont réalisé un fantastique patchwork avec des chutes de tissus reprenant les fêtes catholiques. Françoise Jacquot m’explique que la rapidité d’exécution dont elles ont dû faire preuve pour tenir le délai de 4 semaines demandé les a obligés à être « précurseurs » de la technique de patchwork « appliqué collé ». Cet ouvrage de 3 x 3 mètres est resté longtemps exposé dans l’église de Notre Dame du Roule. J’ignore hélas s’il y est toujours car je n’ai pas eu l’occasion de m’y rendre, mais si d’aventures l’un de mes lecteurs ou lectrices habitait dans le coin et voulait bien me donner le renseignement, j’en serai enchantée !

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appliqué collé

Technique d’appliqué collé, ouvrage trouvé chez adebleys.canalblog.com

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Si Françoise Morot-Sir consacre surtout ces écrits aux enfants dans lesquels elle s’épanouie d’avantage, elle possède aussi quelques œuvres à destination des adultes. La nouvelle  » Petit conte en forme de coeur « , que je vous ai présentée il y a quelques semaines, fait partie d’un ouvrage qui met en scène l’écriture et la poésie, la calligraphie et le patchwork ! Elle s’est inspirée de patchs de Florence Chambe, de l’Atelier des cœurs, une autre de ses amies de longue date, pour les transformer en calligraphie. Le rendu est superbe et met en valeur la beauté de notre art ! Ce livre a été précédé d’une exposition. Vous pouvez suivre Florence Chambe dans le lien ci-dessous et connaître les salons auxquels elle participe en vous rendant sur sa page Facebook :

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http://www.atelierdescoeurs.com/

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Sur la gauche, les patchs de Florence qui ont inspiré les superbes calligraphies

de Françoise à droite :

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                Patch1-ConvertImage Calli1-ConvertImage

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Françoise a choisi la voix de l’auto-édition pour publier ses livres car, vous vous en doutez sûrement, parvenir à se faire publier chez un éditeur est un parcours du combattant. Après plusieurs refus, elle a décidé de se lancer. Pour elle, c’était un acte de confiance en soi qu’elle accomplissait. Elle part du principe que parfois, on rencontre les bonnes personnes qui vous font confiance pour aller de l’avant. Nous avons échangé longuement les deux Françoise et moi-même sur le fait de savoir se mettre en avant ou pas. Pour notre auteure, il est clair que les auteurs ayant un fort égo percent souvent avant les autres, par contre, ils durent peut-être moins sur la longueur. Si elle est plus discrète que ces derniers, elle est en revanche tenace et croit en la magie des mots et en sa passion. Elle pense que toutes ses parenthèses autres que ces livres pour enfants ont été d’excellentes sources d’inspiration, que ce soit son livre « Poèmage et Graffirimes » ou les ateliers d’école ou de catéchèse. Ces bases de départ la rendent plus créative.

Voici les livres de Françoise Morot-Sir qui sont disponibles à la vente :

– «Voyage dans un livre de cuisine « ,

–  » Voyage dans la cabane magique »,

Enfin et surtout :

–  » Poèmages et graffirimes »

Un nouveau livre sortira à la rentrée.

Vous pouvez vous procurer ses œuvres :

– A la Librairie « 36 Grande Rue » à Saintes-Foy-Lès-Lyon,
– Chez « Tendance K », boutique salon de thé et déco à Francheville,

– A « La librairie des Canuts » de la Croix-Rousse pour le livre de  cuisine

Ou directement en lui écrivant un mail à l’adresse suivante : maislismesmots@gmail.com  

Vous pourrez  la rencontrer et vous faire dédicacer ses livres au 1er Salon du livre de Sainte-Foy-Lès-Lyon qui se tiendra le 22 novembre 2015 :

http://www.arald.org/articles/1er-salon-du-livre-de-sainte-foy-les-lyon

Enfin, si vous souhaitez suivre l’actualité de Françoise Morot-Sir, consultez sa page Facebook!

     @ bientôt,                 Logo Chroniquepatchwork

Natacha

bonne rentrée scolaire a nos petits loulous !

« Petit conte en forme de coeur » de Françoise Morot-Sir

Désormais, pour gagner toujours plus en clarté et afin de vous donner des repères, chères lectrices et lecteurs, je publierai mes articles chaque mardi, dès la rentrée de septembre. Pour ces vacances estivales, je m’autorise, moi aussi, un rythme un peu plus cool (une publication par quinzaine) afin de profiter de mes vacances !

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Aujourd’hui, je vous propose de vous faire découvrir une auteure lyonnaise  rencontrée et interviewée il y a quelques semaines : Françoise Morot-Sir . Elle écrit surtout pour les enfants, mais aussi des poèmes et des nouvelles pour adultes. Je ne pouvais résister à l’envie d’attirer votre attention, chères lectrices quilteuses, sur cette jolie nouvelle où il est question d’amour : amour pour un homme, peine d’amour, amour de la vie…le tout joliment relié par un fil conducteur : Le Patchwork !

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Françoise Morot-Sir

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« Petit conte en forme de coeur »

 

En sortant de l’atelier, où elle avait posé, pendant tout un été, le coeur léger, pour un peintre au coeur d’artichaut qui venait de lui briser le coeur, elle s’emmitoufla dans son cache-coeur, déambula au hasard des rues pour calmer les battements de son coeur, puis se décida : installée sur un banc accueillant d’une petite place ombragée, au coeur de la ville, elle déroula la toile qu’elle lui avait dérobée, une toile sur laquelle il avait peint…  l’autre, une femme accroche-coeur, à l’origine de ses peines de coeur… Elle sortit de son sac des ciseaux aiguisés, et entreprit de découper, le coeur serré, la toile détestée, jusqu’à en faire des petits carrés, qui, en tombant sur le sol, formèrent un tapis coloré!

A ce moment-là, elle leva les yeux, et aperçut, dans la vitrine du magasin d’en face, des tableaux étonnants, façonnés avec une multitude de morceaux de tissus, qui créaient un univers attirant, rempli de coeurs, de fleurs et de couleurs ! Le magasin s’appelait …

« L’Atelier des coeurs »!

Elle ramassa ses petits morceaux de toile, et entra, le coeur plein d’espoir, persuadée d’avoir découvert le moyen idéal pour retrouver le moral. A l’intérieur, accueillie par des sourires chaleureux qui lui mirent du baume au coeur, elle admira les étoffes soyeuses, les fils, les décors, les broderies et les patchworks aux mille motifs, qui créaient un monde fascinant…

L’enthousiasme lui tournait la tête…

Voyant quelques personnes autour d’une table, découpant et assemblant du tissu, elle comprit qu’elle pouvait, elle aussi, créer du rêve et embellir la réalité :

Elle sortit de son sac les petits carrés de toile déchirée, et se mit à les réunir, jusqu’à obtenir un énorme coeur qu’elle entoura de fleurs et de rubans de toutes les couleurs…

L' »autre » avait disparu de la toile…

l’amertume avait disparu de son âme… Ce n’était même pas une vengeance, plutôt une métamorphose qui lui donnait le coeur léger, léger…

La joie avait repris le chemin de son coeur…

Elle se surprit même à avoir… le coeur à rire!

Du fond du coeur, elle remercia les personnes au coeur d’or qui animaient ce lieu magique où elle avait retrouvé le bonheur !

                                                                                                        Nouvelle de Françoise Morot-Sir

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Dans quelques semaines, je ne manquerai pas de vous faire découvrir qui est Françoise Morot-Sir, une auteure au grand coeur…

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Vous trouverez ici les liens pour l’atelier des coeurs, qui, pour celles qui ne le savent pas, existe réellement. Vous pouvez  rencontrer  Florence Chambe sur de nombreux salons : 

Sur Facebook :

https://www.facebook.com/pages/LAtelier-des-Coeurs/545550372170551?fref=ts

Sur le web :

http://www.atelierdescoeurs.com/

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                                                                                                    @ bientôt

Natacha Ramora                  Logo Chroniquepatchwork

L’apprentissage de Marlow – Conte de Noël – dernière partie

 

ciel céleste

 

 Il se secoua, pensant que la fatigue lui jouait un mauvais tour. Mais le visage de sa mère était toujours là, lui souriant tendrement. Alors il se dit que c’était peut-être le méchant lutin des bois qui lui faisait une farce. On racontait que ce vilain personnage, qui vivait au plus profond de la forêt, changeait les arbres de place pour que les promeneurs se perdent. Il pouvait prendre toutes les apparences qu’il désirait pour mieux tromper ses victimes :
– Va-t’en méchant lutin ! Va-t’en ! Tu ne vois pas que j’ai du chagrin ?
– Chuuut mon enfant ! Calme-toi ! C’est moi, c’est maman ! Chuuut !
– Maman !?
– Oui, c’est moi. N’aie pas peur !
– Mais ce n’est pas possible, comment peux-tu être là ?
– Disons que je suis ta bonne étoile désormais et que je veille sur toi à chacun de tes pas. Alors je suis là aujourd’hui parce que tu as besoin de moi.
– Merci ma petite Maman. Tu me manques tellement, c’est difficile de vivre sans toi tu sais ! Je crois que je ne fais rien de bien !
– Je suis pourtant si fière de tout ce que tu as accompli ! Tu as travaillé dur pendant ton apprentissage et à présent, tu es le nouveau renne du Père-Noël. Je trouve que c’est formidable. Tu ne dois pas te décourager, tu vas repartir et trouver ce village Marlow !
– Mais je suis perdu. Je n’y arriverai jamais, il vaut mieux que j’abandonne !
– Est-ce que tu as pensé à tous les enfants qui attendent demain matin avec impatience ?
– Oui, mais…
– Et tes amis qui sont dans la neige et le froid, blessés ?
– Oui maman, j’ai pensé à tout cela…
– Alors debout ! Si Père Noël t’a choisi, c’est qu’il était sûr de ton courage, tu dois lui prouver qu’il peut compter sur toi.
A cet instant, une raie de lumière vint effleurer la joue du petit renne et il ressentit comme un tendre baiser de sa maman. Puis, la neige rayonna, formant un sentier de mille lumières. Il était ému et il comprit qu’elle lui montrait la route. Il décida donc de repartir, qu’importe si le chemin était long et semé d’embûches, il devait bien cela à ses amis et à tous ces enfants qui les attendaient, les yeux écarquillés de bonheur et d’impatience. Après un court instant, il déboucha sur la grande clairière au bout de laquelle se trouvait le village de Santa-Claus. Dans la profondeur de la nuit, le petit bourg était tout illuminé : ici, une rue centrale bordée de beaux lampadaires qui rayonnaient ; là des guirlandes colorées ; là encore, des enseignes lumineuses.

santa-claus-village

Marlow avançait lentement à travers le village et il aperçut très vite la maison du docteur. Il y avait au-dessus de la porte, une énorme pancarte de bois où une inscription était gravée : Médecin-magicien, toubib en tout genre. Il s’agissait de la maison de M. Passe-Montagne. Notre jeune renne hésitait entre le soulagement et la peur car cet homme-là l’impressionnait énormément. Mais il devait réussir sa mission. Il frappa donc un grand coup sur la porte et quelques instants plus tard, celle-ci s’ouvrit avec fracas. Le grand bonhomme apparut dans l’encadrement en rugissant :
– Qu’est-ce que c’est ?…
– …
– Oh ! Mais je te connais toi ! Tu es Marlow, le jeune renne de Nicolas, n’est-ce pas ?
– Nicolas ?!
– Oui, enfin je veux dire Père Noël ! Ben que t’arrive-t’il mon garçon ?
– Il faut que vous veniez très vite ! Nous avons eu un accident !
– Ben alors ! Tu ne pouvais pas le dire plus tôt boudiou de boudiou ! Quelqu’un est blessé ?
– Père Noël est assommé et Julianna a mal à une patte.
– Morbleu !! Allez ouste ! Nous allons prendre mon ski-doo et tu me montreras le chemin !

Quelques instants plus tard, ils enfourchèrent le terrible engin qui brinqueballait tant et si bien que notre passager s’accrocha aussi fort qu’il le put pour ne pas tomber. Virage à gauche, virage à droite, sauts de bosses, la frénésie emportait M. Passe-Montagne aussi bien qu’elle avait emporté Père Noël quelques instants plus tôt. Heureusement ils arrivèrent sains et saufs sur les lieux de l’accident. Notre docteur se précipita aussitôt sur les deux blessés qu’il examina avec attention. Il appliqua une pommade réparatrice instantanée pour les os et banda solidement la patte de Juliana, puis parvint à réveiller son ami Nicolas en lui faisant boire une bonne rasade de sa fiole de whisky. Mais ce dernier était bien faible et pas en état de se tenir debout. Il avait besoin de plusieurs jours de repos pour soigner sa migraine et ses ecchymoses. Quelle catastrophe ! On ne pouvait pas repousser la tournée de Noël ! Que cela ne tienne, M. Passe-Montagne décida de ramener les blessés chez eux et de finir le travail à la place de son ami. Il les installa dans le traîneau endommagé qu’il attela tant bien que mal à son scooter des neiges et ils repartirent en pétaradant. Ce fut une nuit de Noël bruyante car on les entendait à cent lieues à la ronde !

Lorsque Père Noël fut au chaud dans son lit avec son bonnet de nuit et son ours en peluche (oui ! oui ! son ours en peluche !) et que Juliana s’endormit paisiblement entre les bottes de foin, le médecin-magicien et le jeune renne repartirent pour terminer le travail.

Le Père Noël dans son lit

Le Père Noël dans son lit

De nouveau, ils s’élancèrent dans les airs avec un énorme sac rempli de cadeaux et de friandises. Les enfants qui regardèrent par la fenêtre cette nuit-là se souviennent de cette folle équipée qui ne ressemblait en rien au Père Noël habituel ! Ils gardent toujours en mémoire ce souvenir extraordinaire ! Si bien qu’encore aujourd’hui, lorsque vient la nuit de Noël, ils guettent à leur fenêtre cet équipage merveilleux. Et comme personne ne les croit et qu’ils ont peur que l’on se moque d’eux, ils gardent ce secret pour eux. Alors petits enfants, si un jour vos papis ou mamies vous racontent cela, vous les croirez n’est-ce pas?

Père Noel en ski doo

Vous les croirez n’est-ce pas?

 

 

FIN

 

Je vous souhaite à toutes et tous d’excellentes fêtes de fin d’année et un JOYEUX NOEL !!

 

                                                                                                                                                                            Natacha Ramora