Isabelle Grosjean, une artiste textile contemporaine généreuse.

Durant le dernier trimestre d’une année 2020 particulièrement difficile, j’ai pu admiré la belle exposition d’Isabelle Grosjean – artiste d’Art textile contemporain – ouverte, malheureusement pour elle, une petite heure avant d’être refermée à cause des restrictions Covid. Cela m’a toutefois permis de découvrir ses ouvrages, tous plus admirables les uns que les autres et de vous en faire part dans un article précédent.

Aujourd’hui, c’est donc le parcours d’Isabelle que je vais vous retracer, une artiste au grand coeur.

Si elle n’a pas eu un environnement familial sensible à la couture ou au tricot, elle a malgré tout toujours été attirée par les tissus et les travaux d’aiguilles. C’est donc auprès de personnes telles qu’une voisine ou une amie qu’elle a appris à coudre ou à monter des mailles. La suite logique pour elle était d’ouvrir sa propre mercerie en 1986, « L’éléphant blanc », à Savigny-sur-Orge, dans l’Essonne. Malheureusement, à l’époque, les loisirs créatifs n’avaient plus autant d’intérêt auprès du public et même si la broderie au Point compté occupait le devant de la scène, Isabelle, dont le magasin était tout nouveau, n’avait pas encore la possibilité d’acheter un stock suffisant pour attirer de nombreuses brodeuses. C’est le coeur gros qu’elle a dû fermer boutique.

Mais vous connaissez le dicton, quand une porte se ferme, une autre s’ouvre…et le patchwork l’attendait, tapi dans l’ombre, pour en faire sa prochaine victime. Un groupe de cinq copines, dont deux donnaient des cours, lui a donc proposé de se joindre à elles un après-midi pour lui faire découvrir leur passion. Elles lui ont immédiatement mis le pied à l’étrier : quelques bouts de tissus, fils, aiguilles et dès la fin de la journée, son cousin de Noël en vol d’oies et matelassé avec de gros noeuds était achevé. Isabelle était désormais mordue de patchwork, comme nous toutes et a choisi immédiatement d’attaquer des pièces plus importantes telles que des couvre-lits.

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L’atelier d’Isabelle

Au bout de deux années et après une exposition réussie du groupe dans un petit château de la région, de nombreux visiteurs ont souhaité prendre des cours et ses deux amies n’ayant plus de place, Isabelle, déjà excellente, s’est vu proposer d’enseigner elle aussi l’art du quilt. Elle a donc cherché une salle pour mettre en place ses cours et c’est dans la commune de Morsang-sur-Orge qu’elle a débuté, d’abord une matinée puis très vite une journée complète et enfin cinq jours par semaine tous les après-midi, soit en tout environ 80 élèves ! Un véritable succès!

Parallèlement à cela, elle a été déléguée France Patchwork pendant près de cinq ans et de nombreuses expos ont pu voir le jour durant son mandat. Mais elle ne s’est pas arrêtée là et elle a pris beaucoup de plaisir à participer à des concours en France mais aussi à l’étranger, surtout lorsqu’elle s’est intéressée au patchwork plus contemporain. Ce qu’elle aime dans ces challenges, c’est de se confronter à de remarquables patcheuses mais également de créer du lien avec des artistes passionnées comme elle.

A partir des années 90, elle s’est intéressée à la réfection de quilts anciens. Elle a acheté un premier quilt qui avait déjà un vécu et était bien abîmé et a trouvé chez sa belle-mère des vieux tissus d’époque afin de réparer cet ouvrage. Elle s’est prise d’amour pour la restauration de ces courtepointes et elle a par la suite restauré d’autres quilts pour des personnes. Quoi de plus beau que de remettre en état un ouvrage qui représente toute une tranche de vie d’une quilteuse, qui permet de se remémorer avec une douce nostalgie une aïeule qui l’a cousu avec tendresse?

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.Ouvrage confectionné avec des linges anciens déjà brodés et chinés de-ci de-là.

Au fil des années, peut-être un peu lassée de découper uniquement des morceaux de tissus, elle a commencé à s’intéresser à l’Art Textile, comme d’autres amies de son club. Elle a donc fait quelques stages avec des artistes telles que Sophie Furber ou Gisèle Hacker puis s’est lancée. Elle ne pense pas avoir un style particulier, elle préfère se donner la possibilité d’essayer une foule infinie de matières différentes à intégrer à son art, sans se mettre de limites. Avec Isabelle, place à la création avant tout! Il est d’ailleurs fort probable que ce don pour la création , l’harmonie des couleurs et des matières l’aient fortement aidé dans la vie professionnelle qu’elle a entrepris après son divorce. Elle est devenue coach déco en région parisienne puis ensuite en Bourgogne où elle a vécu pendant quelques années et où elle a tenu des chambres d’hôtes. Mais si la région était particulièrement belle, Isabelle était éloignée de tout. Elle a donc choisi de prendre un nouveau départ dans une région qu’elle affectionne particulièrement et où il fait bon vivre, aux portes du Golfe du Morbihan, dans la petite ville d’Auray.

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.Auray, dans le Morbihan (Source : Agoda.com)

Bien que maîtrisant une multitude de techniques en Art textile, Isabelle ne dispense pas de cours sur les salons car elle n’a pas une technique qui lui est spécifique. Elle préfère proposer une semaine complète de stage, chaque année, au mois d’octobre, où elle peut enseigner de nombreuses méthodes, dans sa belle région qu’est la Bretagne, dans une maison qu’elle loue pour l’occasion et qui comprend une salle commune suffisamment grande. Elle est à la recherche du lieu parfait pour accueillir les stagiaires, un endroit où ses élèves se sentiraient bien. Face à la situation sanitaire actuelle, le prochain stage est en suspend pour le moment.

Elle a le bonheur de faire partie du « Cercle du Morbihan Arty Show », où cinq artistes textile et cinq peintres se sont associés. L’objectif de ce cercle est de favoriser la créativité et l’expression, de partager des idées et des méthodes de travail et d’organiser des expositions. Isabelle retrouve toutes les semaines les artistes textiles pour des échanges autour de leurs ouvrages riches de transmission et de partage.

Le cercle du Morbihan « Arty show »

Aujourd’hui, Isabelle est très productive et si elle parvient à vendre la plupart de ses petites pièces, ses armoires sont remplies de plaids et courtepointes à foison. Ses trois enfants ont la chance de posséder plusieurs couvre-lits chacun, de quoi avoir bien chaud l’hiver.

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.Les armoires d’Isabelle qui regorgent de courtepointes dans lesquelles s’emmitoufler

Comme beaucoup d’artistes, elle espère que la situation sanitaire que nous vivons actuellement va finir par se débloquer afin qu’elle puisse reprendre tous les projets restés en suspend. Elle sait que la Commune d’Anse lui réserve la salle de la Chapelle lors de la prochaine B.IA.T. , le tout étant de savoir quand elle aura lieu. Elle a vu son stage chez Bohin avec Geneviève Verrier reporté. En revanche, sa participation au concours suisse « La tête à l’envers » en 2022 est confirmé et son ouvrage est déjà prêt. Son expo à Arrandon fin septembre est également maintenue et elle espère de tout coeur qu’elle voit réellement le jour afin de rencontrer d’autres artistes et quilteuses passionnées pour un échange enrichissant autour d’une passion commune.

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Quelques-uns de ses derniers ouvrages, à admirer dans une prochaine exposition, dès que possible!

Alors à très vite Isabelle ! C’est ce que nous vous souhaitons toutes!

N@tacha Ramora