GR 97, Le testament de Robert Laurent-Vibert

L’oliveraie du château de Lourmarin

Après une bonne nuit de repos, il est temps de repartir. Isabelle, mon adorable hôtesse de couch-surfing me prépare une délicieuse salade pour mon pique-nique puis me dépose à Lourmarin. Je me promène un moment dans le champ d’oliviers attenant au château puis je visite ce superbe édifice dans lequel on peut admirer une exposition sur Albert Camus qui a vécu les dernières années de sa courte vie à Lourmarin et y est enterré.

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Albert Camus, né le 7 novembre 1913 à Mondovi en Algérie et décédé en 1960,à l’âge de 47 ans, dans un accident de voiture.

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Le château de Lourmarin échappa par miracle en 1920, à la vente aux enchères pour servir de carrière de pierres. Il fut racheté par l’industriel lyonnais Robert Laurent-Vibert qui le fit restaurer par des artisans lourmarinois. Tout comme A. Camus, R. Laurent-Vibert disparut tragiquement dans un accident de voiture mais avait pris soin de faire un testament pour  léguer cette demeure à l’Académie des Sciences, Agriculture, Arts et Belles Lettres d’Aix-en-Provence qui créa une fondation à son nom. Aujourd’hui, cette fondation continue de remplir sa mission, c’est ainsi que ce bel édifice est devenu un pôle culturel et économique important.

 

Les coursives de bois sont admirables

 

 

La bibliothèque du château, source : Francebleu

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De nombreux touristes viennent se recueillir sur la tombe d’Albert Camus chaque année. Certes, comme beaucoup, j’ai lu « L’étranger » : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas ». Comment ne pas se souvenir de cette première phrase? Quel dommage que je ne sois pas allée plus loin dans ses oeuvres car grâce à l’exposition, je découvre quelques passages de ses romans qui résonnent en moi. J’ajoute mentalement Camus à ma liste d’auteurs à découvrir.

 

 

 

Je reprends ma route et je visite un peu plus loin le village de Lauris qui possède également un  château situé sur un éperon rocheux. Ses terrasses surplombent la Durance et accueillent deux jardins en un :  le jardin blanc et  celui des Plantes tinctoriales qui comprend plus de 250 espèces de plantes dont on extrait des colorants pour la teinture, la peinture, la cosmétique et l’alimentation.

 

Les jardins de Lauris

 

Le large fleuve en contrebas sert ici de frontière entre le Vaucluse et les Bouches-du-Rhône et je l’admire le temps d’un coucher de soleil avant de regagner ma chambre d’hôtes située à Mallemort.

 

 

Le lendemain, après ce déjeuner copieux, mon hôtesse a la gentillesse de me déposer à l’entrée des Gorges du Régalon. Je ne m’en doute pas encore, pourtant cette journée de randonnée sera la plus éprouvante de mon trek. Mais pour le moment, tout à mon insouciance, je crapahute dans les gorges, non sans mal, avec mon sac à dos. 

 

 

 

Les cairns des gorges du Régalon

 

Je sors des gorges et continue de suivre mon GR. Je m’amuse de l’appellation du vallon que je vais devoir traverser.

 

Au lieu de rire, je ferais mieux de me méfier : « Vallon de la galère »… un signe annonciateur ?

Je le franchis sans trop d’inquiétude, puis je commence à grimper. J’arrive sur un plateau, royaume des oliviers et des cigales qui stridulent à qui mieux mieux. Un peu plus loin, à quelques mètres de là, j’aperçois le panneau de balisage blanc et rouge, je lève les yeux et je comprends que la journée sera longue. 

 

Voyez-vous où je veux en venir ?

 

Je vais devoir monter au sommet de ce bloc de calcaire pour rejoindre le Bastidon du Pradon, petit refuge qui culmine à 700 m d’altitude, sur un sentier désert, en pleine canicule. Mais je ne suis pas une personne qui baisse les bras. Ma patience de quilteuse et ma persévérance sont mes atouts. Je gravis ce dénivelé pas à pas, je pousse sur mes précieux bâtons de marche, je fais des pauses régulières dès que je trouve un coin d’ombre sous quelques arbustes qui parviennent à survivre dans cette garrigue aride. Je me fixe comme objectif de pique-niquer au sommet. 

 

 

Mon déjeuner ce jour-là a une saveur de victoire et une odeur d’herbes odorantes de mon enfance. Je contemple au loin la région qui m’a vu naître, le département aux accents chantants, terrain de jeu du petit Marcel Pagnol : les Bouches-du-Rhône. 

Je ne dois pas trop tarder pour redescendre sur l’autre versant. Je fais un arrêt au Bastidon du Pradon, un vrai havre de paix après une telle ascension. 

 

 

 

Je prends le temps de graver dans ma mémoire toutes ces petites choses mises là comme une récompense à ceux qui viennent jusqu’ici. Je lis quelques messages sur le livre d’or en cours et  y  inscrit le mien, pleine de gratitude pour ceux qui ont pensé ce lieu. Puis je me hâte. La pente est très escarpée, un sentier rocailleux que la terre et les graviers rendent glissant. Les pierres roulent sous mes chaussures et je peste plus d’une fois en manquant tomber tout en m’ accrochant à mes bâtons.  

Néanmoins, le jeu en vaut la chandelle. En contrebas j’aperçois les ruines majestueuse du château d’Oppède le Vieux qui culminent au-dessus du village ainsi que l’église du 12e siècle, Notre-Dame d’Alidon, qui domine ce panorama.

 

Oppède-le-Vieux

 

Je suis immédiatement charmée par le passage que j’emprunte pour accéder au bourg médiéval.

 

Oppède-le-Vieux, accès par l’arrière du village, à l’opposé du parking

 

En parcourant certaines ruelles, j’ai presque le sentiment que le village n’est plus habité. Mais les chambres d’hôtes et restaurants attestent du contraire, tout comme le petit snack qui porte le logo « recommandé par le guide du Routard », ma bible de voyage selon les destinations. On nous vend une bouteille d’eau de 50 cl trois euros cinquante et le personnel est peu accueillant ! Quel dommage ! 

 

 

Tant pis, je ne veux pas m’attarder sur les petits désagréments, je charge mon sac à dos et je repars. En voulant gagner du temps pour ne pas arriver trop tard à ma chambre d’hôtes, je me perds dans des chemins sans issue. Il est temps de ressortir mon fantastique gps : l’application Visorando qui m’aura montré la bonne route bien des fois.

 

Malgré toute ma bonne volonté, je suis très en retard pour rejoindre Robion, à tel point que mon hôtesse propose de venir me chercher. Je refuse car je ne veux pas la déranger mais je termine l’étape avec la solution « Pékin Express » : la conductrice d’une voiture a sa fenêtre ouverte et s’apprête à partir, je lui demande donc si elle peut m’avancer. Comme la petite mamie du Sud quelques jours plus tôt, la jeune femme me dépose à deux pas de mon logis. Cette journée harassante se termine paisiblement puisque ma logeuse m’attend avec un petit verre de rosé bien frais puis me montre ma chambre. Elle m’a fait la surprise de me réserver celle possédant un lit avec matelas à eau. Je dîne dans l’auberge conseillé par ses soins et ma table jouxte celle de mes voisins pour une nuitée, un couple de Belges et leurs jeunes enfants. Nous passons une soirée extrêmement sympathique à parler de nos pays respectifs et à en comparer les différences. Je rentre me coucher et je m’enfonce dans les remous bienfaisant de mon matelas qui m’enveloppe délicatement. Ce soir, je mérite un vrai sommeil réparateur je crois…d’autant que demain, il me faudra longer le Mur de la Peste….Brrrr, cela fait froid dans le dos!

 

A mardi prochain pour la suite…

Natacha

16 réflexions sur “GR 97, Le testament de Robert Laurent-Vibert

    • chroniquepatchwork dit :

      Chère Michelle,
      merci pour ce petit clin d’oeil matinal qui m’a fait bien rire! L’avantage de ce récit, c’est finalement de voyager derrière son écran sans tous les désagréments et la fatigue! Tu as bien raison 😉
      Bonne dégustation de thé!
      Natacha

  1. Corinne dit :

    Encore une fois j’apprends quelque chose. Je ne savais pas où Albert Camus était enterré. Si cela t’intéresse France Culture diffuse en ce moment des émissions consacrées à cet auteur (https://www.franceculture.fr/emissions/la-compagnie-des-oeuvres/le-mythe-de-camus-14-dans-cette-vie-de-pauvrete?actId=ebwp0YMB8s0XXev-swTWi6FWgZQt9biALyr5FYI13OrL7vCBDsQQbt8SkIKwMoFh&actCampaignType=CAMPAIGN_MAIL&actSource=610830#xtor=EPR-2-%5BLaLettre21092020%5D)

    • chroniquepatchwork dit :

      Merci infiniment pour ce lien que je viens d’écouter! Tu es toujours de bon conseil pour suggérer des émissions de radio qui me vont me plaire! Du coup, demain, j’attaque les autres épisodes destinés à Camus et je vais tâcher de me trouver ses « carnets de voyage » en bibliotèque 😉

      • Corinne dit :

        Ravie si tu apprécies mes « conseils » en la matière. Dès que je peux, j’écoute la radio et les podcasts ont changé ma vie.

      • chroniquepatchwork dit :

        Et la mienne aussi crois moi! C’est tellement plus amusant de travailler accompagnée de mes émissions favorites grâce auxquelles j’apprends des tas de choses ! Donc mes clients savent que lorsqu’ils arrivent à l’improviste et que j’ai une oreillette, c’est que je suis en train de suivre un programme, ils me préviennent donc pour ne pas que je prenne peur lol, c’est trop drôle!

  2. Cekacla dit :

    Quel récit!!!! J’attends avec impatience mardi prochain pour la suite, je voyage en lisant vos lignes écrites et voyant vos photos
    Merci

    • chroniquepatchwork dit :

      J’y songe Nancy! J’y songe même sérieusement à me lancer dans l’écriture, mais il faut du temps pour cela et j’en manque hélas. Je n’ai pas dit mon dernier mot, pour l’instant je m’entraîne….sur ce blog….;-)
      Je t’embrasse,
      Natacha

    • chroniquepatchwork dit :

      Merci beaucoup Agnès! Je suis vraiment très heureuse de te compter désormais parmi les lectrices de mon blog et j’espère bien te fidéliser! Il n’en tient qu’à moi, à mardi prochain:-)
      Bisous
      Natacha

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