« L’homme au feutre vert »

Avant-propos : Pour cette semaine, je vous avais promis un moment d’évasion, un temps en dehors de l’actualité et de nos tissus et bobines.

Depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours aimé écrire et j’ai parfois tenté d’envoyer des nouvelles chez des éditeurs, sans succès. J’ai composé ce texte-ci, l’an dernier,  afin de participer aux concours de nouvelles de mon centre de formation par correspondance en journalisme (le CNFDI). Il n’a pas gagné le prix convoité mais je me suis beaucoup amusée en l’écrivant. Le thème était libre, le seul impératif étant de commencer par ces mots là : » A cet instant, je sus que cette journée ne serait plus jamais comme les autres… ». Et vous, qu’auriez vous imaginé comme thème avec cette simple phrasee serai curieuse de connaître vos idées respectives en commentaire.

Je tiens à remercier mes amies et correctrices d’un jour : Marie Drevet, Corinne Arribat ainsi que ma maman, Michèle Mondet.

Bonne lecture !

L’homme au

feutre vert

A cet instant, je sus que cette journée ne serait plus jamais comme les autres. Rien ne me parut suspect pourtant. Comme d’habitude, dès le réveil, je dégustais mon premier café et admirais par la baie vitrée que j’entrouvis légèrement, le lever de soleil. La journée s’annonçait belle, le ciel était clair et la température serait probablement clémente. Ce matin-là je n’avais pas allumé la télé pour laisser tourner les infos en boucle, je préférais profiter de la douceur de l’instant. Tout le monde avait déserté la maison, mon mari était parti en déplacement pour encore quelques jours et notre petite dernière avait rejoint son université et sa résidence étudiante pour plusieurs semaines. Je sortis un instant sur la terrasse en bois qui surplombait le lac avec ma tasse de café fumante et j’admirais l’eau calme et les arbres qui revêtaient peu à peu leur manteau automnal. Rien ne pouvait troubler cet instant de sérénité et un échassier vint se poser sur l’étendue ondoyante.

C’est alors que je l’aperçus pour la première fois, cet homme habillé de vert kaki de la tête au pied : un long imperméable, de grandes bottes et un chapeau de feutre. Il se tenait sur l’autre rive et m’observait avec insistance. Je me sentis mal à l’aise et je remontais le col de mon pull châle tandis qu’une sensation de froid m’envahissait. Pour conjurer ce sentiment, je lui adressai un signe amical de la main, il n’y répondit pas et disparut dans les sous-bois. Je restais interdite quelques secondes puis je rentrais en refermant la porte coulissante derrière moi. Je passais dans la chambre où je fis mon lit bien net avec foison d’oreillers douillets, comme j’aimais le retrouver le soir et je déposais mes vêtements prêts. Je pris une douche brûlante et revint dans la chambre pour m’habiller, enveloppée dans ma serviette de bains. L’épisode de l’inconnu du lac m’était déjà sorti de l’esprit et j’étais à nouveau sereine. En rentrant dans la pièce, je trouvais mes habits en désordre, comme si quelqu’un avait fouillé dans mes affaires. Le sentiment de malaise me reprit, j’avais du mal à analyser ce qu’il se passait et je refusais de laisser s’insinuer en moi les vieilles croyances de ma voisine Léonie que tout le monde pensait pertubée.

Lorsque Samuel et moi avions visité la maison pour la première fois il y a quelques mois, nous avions eu un vrai coup de cœur, lui pour son aspect moderne et moi pour son agencement : une grande pièce à vivre s’ouvrant sur une terrasse en bois dominant le lac si paisible. Malgré l’insistance de l’agent immobilier, nous avons attendu quelques jours avant de signer le compromis. Nous souhaitions d’abord découvrir l’environnement et faire la connaissance des voisins. Nous étions à la recherche d’un lieu calme, sans nuisance sonore et proche de la nature mais avec des commerces à proximité, cependant il s’agissait pour nous d’un second achat et ne voulions pas nous tromper.

La maison voisine la plus près de la nôtre se trouvait à 500 mètres et il s’agissait d’une vieille dame qui ne nous importunerait probablement pas. Nous allâmes à sa rencontre et la trouvâmes accroupie dans son jardin en train de replanter des fleurs et de parler toute seule. Lorsqu’elle nous aperçut, elle se reprit et s’approcha de nous. Elle devait se douter que nous envisagions d’acheter la maison d’à côté et se trouvait prête à répondre à nos questions, questions qu’elle anticipa souvent. Elle ne mit pas longtemps, après avoir vanté la beauté de la bâtisse et la gentillesse des propriétaires actuels, de nous expliquer pourquoi ils souhaitaient vendre rapidement. Elle nous parla des phénomènes curieux qui se produisaient chaque automne, des objets soigneusement rangés et retrouvés à terre quelques instants plus tard, des bruits suspects tels des chuchotements dans la maison silencieuse, des lampes qui se rallumaient comme par enchantement après avoir été éteintes. Samuel et moi échangeâmes un regard discret, il ne faisait aucun doute que cette vieille dame n’avait pas toute sa tête et avait un côté attendrissant. Nous ne la prîmes donc pas au sérieux et après des échanges bienveillants avec elle et un tour de reconnaissance dans le centre-ville quelques kilomètres plus loin, nous décidions d’acheter la maison.

Rien d’anormal ne se passa ensuite et cette histoire ne devint pour nous qu’une hallucination de vieille femme. Mais à présent que je venais de constater le désordre dans mes vêtements, tout me revint en mémoire et je sus à cet instant là que cette journée ne serait plus jamais comme les autres car elle serait empreinte d’une angoisse qui allait faire son chemin dans les heures et les jours qui suivraient. Je partis travailler en fermant à double tour non sans avoir vérifié que toutes les portes et fenêtres étaient verrouillées. En chemin, je me demandai comment aborder le sujet avec Samuel, il penserait probablement que je plaisantais et ne me prendrait pas au sérieux. Il me faudrait attendre une nouvelle manifestation. Prise par mon travail toute la journée, je me concentrais sur mes missions. La soirée fut agréable car Samuel rentra tôt et alluma un feu de cheminée, la fraîcheur du soir tombant peu à peu sur le lac ; puis il nous prépara un bon repas et je jugeai que le moment était mal choisi. L’occasion se présenta quelques jours plus tard et mon mari ne put que se rendre à l’évidence. Nous nous baladions autour du lac lorsque nous aperçûmes l’homme au feutre vert sur une rive, le temps que nous échangions un regard mon époux et moi, l’homme avait disparu. Je sentis Samuel un peu surprit mais il ne dit rien. De retour à la maison, nous trouvâmes toutes les lumières allumées et le son de la radio poussé à fond. Comme nous étions sortis ensemble de chez nous et avait lui-même fermé la porte à clé derrière nous, il ne pût que reconnaître l’existence de phénomènes particuliers que nous n’osions pas encore qualifier de paranormaux. Il ne décrocha plus un mot durant de longues heures et s’enferma dans son mutisme et sa réflexion. Je le laissais tranquille, je savais qu’il reviendrait vers moi pour que nous trouvions une solution ensemble.

Dans les jours qui suivirent, il y eut de nombreuses manifestations : notre vieille collection de 33 tours éparpillée sur l’étagère, la porte du congélateur ouverte, la télé allumée sur une chaîne pour enfants ou encore la chambre de notre fille entièrement chamboulée alors que je l’avais moi-même rangée après son départ. Tous ces événements nous obligèrent à nous rendre à l’évidence et à parler enfin ouvertement de ce qu’il se passait dans notre si belle bâtisse, elle était bel et bien hantée ! Nous commençâmes à nous documenter sur le sujet, le but étant de trouver une solution pour faire partir cet habitant dérangeant. Il nous fallait donc comprendre ce qu’il avait pu se passer dans cette maison puis trouver une personne capable de nous débarrasser de ce fantôme. Il était délicat d’interroger les villageois sur les précédents propriétaires sans attirer l’attention alors que nous aimions tant la discrétion. C’est ainsi que je décidais de retourner voir Léonie pour tenter de saisir les évènements déclencheurs de ces phénomènes déroutants. Comme la première fois, elle était accroupie auprès d’un massif fleuri en train de jardiner. Elle releva la tête en entendant mes pas sur le gravier et ne fut nullement surprise de me voir. Je perçus même un petit sourire narquois passer furtivement sur son visage tandis que j’engageais la conversation sur un ton badin:

« – Bonjour Léonie, vos dahlias sont superbes pour la saison !

– Ho ! Mais c’est ma nouvelle voisine ! Bonjour ma petite, je vous demande pardon, je ne me  souviens plus de votre prénom, me répondit-elle d’un air interrogatif.

– Je me nomme Rachel.

– Oui en effet, cela me revient à présent. Je m’excuse, parfois ma mémoire me joue de vilains tours. Alors Rachel, êtes-vous bien installée ?

– Eh bien oui…enfin…je veux dire…dans l’ensemble oui…

– Je vois ! Vous m’avez l’air bien hésitante. Il est revenu n’est-ce pas ?

– Qui donc ?

– L’homme au chapeau vert voyons ! » me rétorqua-t’elle. Je restais abasourdie par ses propos. Elle l’avait donc vu elle aussi, je n’étais pas la seule à connaître son existence.

« -Venez prendre un thé Rachel, je pense que nous devons parler vous et moi ». Je compris très vite que Léonie n’était pas une vieille dame qui perdait la tête, elle me parut au contraire très lucide. Mes questions s’enchaînèrent rapidement et elle répondit à chacune d’elles avec précision. C’est ainsi que j’appris le drame qui se déroula, dix ans plus tôt, chez les premiers propriétaires de la maison, une couple d’une soixante d’années à l’époque, Babette et Pierre.

A suivre….
mardi prochain 😉
Natacha Ramora

 

 

18 réflexions sur “« L’homme au feutre vert »

    • chroniquepatchwork dit :

      Oui Michelle, c’est vrai, mais j’avais peur que ce soit trop long pour un article de blog. J’ai donc cherché malicieusement l’endroit le plus propice pour couper mon texte afin de vous laisser un petit peu dans le suspense ! 😉
      Belle journée et à mardi prochain, c’est promis!

      • Brige dit :

        Quel bonheur ce texte, vivement la suite, tu m’as mis l’eau à la bouche ! C’est le genre de lecture que j’affectionne…. Bravo Natacha

      • chroniquepatchwork dit :

        Merci Brige pour ce commentaire qui est réellement précieux pour moi! Il est toujours tellement agréable et satisfaisant de savoir qu’un texte et/ou une histoire sur lesquels j’ai passé du temps plaît, que j’ai su accrocher mon lecteur ou ma lectrice et mener une bonne intrigue! MERCI !!!!!

  1. ateliercocopatch dit :

    hâte de lire la suite! moi, je ne suis pas douée pour les histoires mais avec ta phrase de départ, je verrai bien le destin d’un ouvrier qui pose le pied sur sol américain à la fin du XIXème siècle…

    • chroniquepatchwork dit :

      Hoooo, c’est une belle idée Corinne! C’est vrai que cela aurait pu être intéressant! Comme quoi, une seule phrase peut être source d’inspirations bien différentes! Je t’embrasse bien fort, profite de ces derniers instants chez toi avant la reprise du travail qui risque d’être bien particulière pour toi!
      Natacha

      • chroniquepatchwork dit :

        C’est vrai que nous ignorons encore ce qu’il va en être pour nos enfants. Je ne sais pas trop si ma petite dernière reprendra le chemin du collège tout comme j’ignore si je vais pouvoir reprendre le travail chez tous mes clients…l’organisation ne va pas être simple! J’imagine que c’est pareil pour toi Corinne, que tu es encore dans l’incertitude….Tu vas devoir sans doute, de ton côté, retourner en classe.

  2. Chantal dit :

    Merci beaucoup pour cette histoire. Vivement la semaine prochaine !
    Le plaisir de la lecture nous est encore plus précieux en ce moment. Merci
    Bonne journée à tous et toutes

  3. TIC tics dit :

    Et bien ! j’attends la suite !! lol
    le teasing fonctionne bien !!
    J’ai attendu un moment calme, et la pluie qui tombe sans discontinuer m’aurait bien fait passer plus de temps avec Léonie !!

    • chroniquepatchwork dit :

      Merci pour ton bel encouragement !! Une fois de plus, j’ai envie de dire que tous ces compliments sont stimulants pour moi et me donnent envie de poursuivre l’écriture……
      Léonie revient immédiatement! Elle a l’air de plaire cette petite mamie Léonie…..je devrais peut-être en faire le personnage principal d’une nouvelle 😉
      Belle journée à toi, sans doute avec la suite à lire entre tes mains….

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